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    Entretien avec Frédéric Bouchet, directeur du Théâtre des Salinières à Bordeaux

    Interview

    Vous êtes acteur, auteur, metteur en scène, décorateur de théâtre et tourneur, comment articulez-vous l’ensemble de ces activités ? À quelle place vous sentez-vous le plus à l’aise ?

    J’aime tout, je suis un passionné, un fou de mon métier. J’ai créé ce théâtre il y a de ça 23 ans. À l’époque il n’y avait pas de théâtre privé en région.

    Mes modèles n’étaient que des théâtres parisiens. J’ai été très marqué par Jean-Michel Rouzière qui dirigeait à l’époque le Théâtre du Palais Royal et le Théâtre des Variétés, car il était à l’initiative de tout.

     Je suis un vrai entrepreneur, un directeur producteur, et quand j’ai créé le Théâtre des Salinières, tout était à faire. Je me suis finalement dit que le plus simple était d’intégrer un maximum d’activités en interne, comme c’est toujours le cas aujourd’hui.

    Façade du Théâtre des Salinières

     

    Pour ce qui est du fonctionnement, je lance les machines, je choisis les metteurs en scène, je fais toutes les distributions, puis le suivi.

     

    D’abord, sur les répétitions, je vérifie que tout va bien et donne mon avis. Ensuite, pour les décors, je m’assure que le montage se fait sans encombre. Enfin, je supervise la partie administrative avec la communication et le reste…

     

    Heureusement je suis très bien entouré !

     

    Ce modèle nous permet de réduire les frais de productions et d’amortir le coût des spectacles rapidement. Notre particularité c’est aussi que nous faisons beaucoup de tournées (plus d’une centaine) et nous avons créé un public fidèle également en dehors de Bordeaux.

     

     Racontez-nous l’aventure du Théâtre des Salinières, qu’est-ce qui vous a donné l’envie de vous lancer dans ce projet après votre carrière dans la radio ?

    Je suis d’abord comédien et j’ai eu en parallèle une petite carrière radio pendant une dizaine d’années.

     

    Quand j’ai commencé à produire des spectacles, il me fallait une salle et il n’y avait pas d’équivalent à Bordeaux. J’ai donc cherché un lieu pour construire un théâtre et je suis tombé sur un ancien magasin de carrelage qui avait la particularité d’avoir des chais pour le vin (d’anciens espaces de stockage).

     

    Il s’agit d’un immeuble du XVIIIème, au cœur du vieux Bordeaux, avec sur la partie arrière un entrepôt magnifique de 500m2 fin XIXème avec des structures métalliques type Eiffel. C’est donc ici que nous avons créé ce lieu. Un théâtre de 280 places qui est magique !

    La Salle du Théâtre des Salinières

     

    Pouvez-vous nous en dire plus sur le projet artistique et humain de votre théâtre ?

    Le projet artistique est simple. C’est en premier lieu de faire du théâtre de divertissement avec des comédies familiales. Parce que nous savons les faire, parce que nous aimons ça et parce que c’est le type de spectacle qui remplit le plus les salles.

     « Potiche » actuellement au Théâtre des Salinières

     

    Nous avons aussi envie de proposer au public d’autres types de pièces qui ne sont pas des comédies, comme « La Vénus à la Fourrure » de David Ivès ou « Le Mec de la tombe d’à côté » de Katarina Mazetti. Je veux donner confiance à mon public pour qu’il ait l’envie et la curiosité de s’ouvrir à d’autres styles de théâtre. Je me réjouis que le public habitué au théâtre populaire vienne voir ce genre de pièces et sorte du théâtre en me disant « C’était formidable ! ».

     

    Notre projet artistique se situe dans l’articulation de ces deux styles de spectacles.

    Maintenant nous réfléchissons à attirer aussi un nouveau type de public avec des pièces plus exigeantes.

     

    Sur le plan humain, j’essaye de m’entourer des « meilleurs » et nous avons la chance, grâce à notre notoriété, d’attirer du monde aussi bien dans le domaine technique qu’artistique.

     

    Vous mentionnez (notamment sur votre site), l’existence de comédiens internes au théâtre, pouvez-vous nous expliquer ce fonctionnement de troupe ?

    Nous ne sommes pas exactement une troupe car il y a des arrivées et des départs pour des raisons diverses et variées. Je distribue 17 productions dans l’année ; ceux qui arrivent chez moi, et avec qui tout se passe bien tant le plan professionnel qu’humain, je les redistribue tout naturellement les années suivantes.

     

    Nous sommes comme une grande famille, il y a plus de 50 personnes tout compris. C’est une machine importante. Nous n’accueillons pas de spectacles, et ne jouons que nos propres productions.

     

    Parlez-nous plus en détail de votre programmation…

    Tout au long de l’année, en fin de semaine, nous proposons des comédies récentes et de temps en temps des comédies qui ont marqué leur temps. C’est le cas en novembre avec « Potiche » de Pierre Barillet et Jean-Pierre Gredy. C’est une comédie qui traite d’un sujet très actuel : l’histoire d’une femme qui reprend le pouvoir à son mari despotique, et qui négocie auprès du personnel et des syndicats pour que son usine de parapluies ne fasse pas faillite.

     

    Fin novembre nous terminons « Le mec de la tombe d’à côté », une pièce que nous avions déjà jouée avant le confinement. Puis nous enchainons avec « La Vénus à la fourrure ».

    « La Vénus à la fourrure » au Théâtre des Salinières

     

    Au mois de décembre, nous jouerons un spectacle dont je suis l’auteur : « Le Roi », une comédie de divertissement qui a la particularité d’avoir une connotation régionale puisque l’action se situe près de Bordeaux et qu’à cette occasion j’ai utilisé pour les dialogues l’accent et les expressions du coin.

     

    Cet univers fait écho à un personnage que j’ai créé il y a longtemps, celui de « Jouvence », une poissonnière du marché des Capucins.

    « Le Roi » au Théâtre des Salinières

     

    On remarque que vous affectionnez les personnages qui ont un ancrage en Gironde, comme votre personnage Jouvence ou encore Paulot dans « Le Roi ». Pour vous qu’est-ce que l’humour Girondin ?

    Nous sommes peut-être des frondeurs, plus qu’ailleurs. C’est historique ! Avec le personnage de « Jouvence », j’avais créé une chronique radiophonique de 2 minutes 30 qui était une revue de presse humoristique. J’incarnais cette poissonnière avec un franc parler et qui tapait sur tout le monde sans retenue. L’aventure, en radio, a durée 14 ans.

     

    Dans mon travail, j’aime remettre au gout du jour des expressions qui sont moins utilisées. Cela permet de garder une mémoire d’un certain vocabulaire. C’est le dilemme entre le pain au chocolat et la chocolatine.

     

    Quels sont vos enjeux en tant que théâtre d’une ville comme Bordeaux aujourd’hui ? D’où vient votre public ?

     L’origine de nos tournées datent de la construction du tramway à Bordeaux. À l’époque une étude indiquait que 75% de notre public n’était pas Bordelais. Je me suis donc dis à l’occasion des travaux « S’ils ne peuvent pas venir nous voir, allons les voir chez eux ».

     

    Notre public vient de toute la Gironde, et au-delà. Comme nous nous promenons dans l’ensemble du département, notre public bouge avec nous. Nous avions des spectateurs qui venaient de la périphérie Bordelaise et qui sont venus nous voir dans des salles près de chez eux. Nous avons par exemple 5 communes autour du bassin d’Arcachon et au Cap Ferret où nous retrouvons nos spectateurs et tous ceux qui y passent leurs vacances.

     

    C’est pourquoi depuis l’été dernier nous éditons une newsletter hebdomadaire dans laquelle nous donnons toutes les informations sur nos spectacles à Bordeaux comme en région.

    « La Vénus à la fourrure » au Théâtre des Salinières

     

    Pour ce qui est des enjeux à venir, j’aimerais réussir l’intégration des théâtres de région au sein de la famille parisienne. Nous avons les mêmes problématiques à quelques exceptions près. Les théâtres privés ne sont plus uniquement des théâtres parisiens mais des théâtres français. Nous pourrions imaginer des ponts entre nous mais aussi implanter d’avantage notre métier dans l’esprit des gens et des politiques.

     

    Avant la pandémie, je crois que les politiques ne comprenaient pas bien notre fonctionnement. Aujourd’hui, ils sont conscients que le théâtre privé est une économie très importante. L’enjeu est donc de le faire rayonner au-delà de la capitale.

     

    Je suis heureux d’avoir participé à l’aventure du Théâtre des Salinières. Mon but est de laisser, le temps venu, un outil merveilleux à mon successeur !

    Le hall du Théâtre des Salinières

    Comment vivez-vous la reprise des représentations après les crises sanitaires ?

    J’avais très peur de cette reprise. Je me demandais sans cesse non pas « quand » nous allions redémarrer mais « comment ». Nous avons rouvert le 10 septembre, je pensais que nous allions faire de petites salles et ça n’a pas été le cas. Fin septembre il y a eu un bond en avant dans la réservation de places, il continue et par rapport aux cinémas qui subissent d’importantes pertes, 90% de nos spectateurs sont de retour. Le théâtre des Salinières a une belle dynamique et me laisse espérer un « joli mois de mai ». Quand nous reviendrons à une situation normale, je pense que nous allons beaucoup nous amuser !

     

    Avis aux lecteurs de Bordeaux ! Un jeu concours a été lancé pour vous permettre de tenter de gagner des places pour "Potiche" au Théâtre des Salinières ! www.facebook.com/groups/tpabordeaux/

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    Anonyme
    juliette

    Excellent article :)

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    Anonyme
    Annie

    Bonjour. Je suis une fidèle depuis plus de 17 ans mais malheureusement pas régulières en raison de certaines contraintes.
    Je viens également pour les spectacles enfants au moment des fêtes avec un groupe de mon association la clef des champs. Y en a t il cette année ?

    0 0
    • Frédéric
      Modérateur théâtre

      Bonjour,

      Cette année la Compagnie Soleil Nuit propose le spectacle "UN NOËL SO BRITISH" les mercredis 22 et 29 décembre à 14h. Spectacle tout public à partir de 5 ans.
      Vous retrouverez toutes les informations sur notre site : https://www.theatre-des-salinieres.com/spectacles/un-noel-so-british

      Merci,
      Belle journée à vous

    Anonyme
    Muriel

    Merci monsieur boucher tous les mois j'attends avec impatience de pouvoir aller voir vos pièces en tournée je me régale depuis des années ça fait du bien au moral on passe un moment unique à chaque fois

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    • Frédéric
      Modérateur théâtre

      Bonjour
      Merci Muriel de votre message. Je suis heureux, avec toute l'équipe des Salinières, de passer de bons moments avec vous. J'espère ne pas vous décevoir avec nos prochains spectacles que nous préparons avec bonheur.
      Bonnes fêtes de fin d'année.

    Anonyme
    Pascal

    Té, mon canard, nous avons été nombreux à croire en toi et en ta générosité. Mon regret? Ne pas passer aussi souvent voir ton travail.

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    • Frédéric
      Modérateur théâtre

      Bonjour Pascal,
      Merci pour votre message. J'ai eu la chance et le bonheur de pouvoir réaliser mes rêves professionnels. Je suis heureux que les Salinières, après 23 ans d'existence, soit reconnu par tous comme un théâtre dynamique et tellement proche de ses spectateurs.
      A très bientôt.
      PS : Et dire qu'en 2023, je fêterais mes 50 ans de théâtre et mes 25 ans à la tête des Salinières... Fou, non ?

    Anonyme
    Marie

    Frederic vous êtes le meilleur ! Surtout continuez a nous faire rire a nous émouvoir...fan du theatre des Salinieres depuis des années, un de mes meilleurs souvenirs c' est le diner de cons tellement bien interprété par vous ! et thé a la menthe ...et tant d'autres ! Merci a vous ! Ce théâtre est un bijou qui devrait être remboursé par la Sécu !

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    • Frédéric
      Modérateur théâtre

      Merci Marie
      Votre message me fait plaisir. Peut être ne me suis je pas trompé de métier. En tous cas, je n'ai jamais imaginé en faire un autre.
      Amitiés

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