Pour clore son cycle BECKETT, Jacques OSINSKI retrouve Denis LAVANT, récemment récompensé par le Molière du comédien dans un spectacle de théâtre public 2025. Entouré de Jacques BONNAFE, Aurélien RECOING etPeter BONKE, il s’attaque à « En attendant Godot » au théâtre de l’Atelier, sans doute la pièce la plus emblématique de Samuel BECKETT.
Un silence qui dit déjà tout
Dès les premières secondes, le plateau impose son rythme : un silence dense, presque assourdissant, jusqu’à faire siffler les oreilles. Puis apparaissent deux silhouettes en guenilles. Un arbre décharné. Une pierre. Rien de plus. Et pourtant, tout est déjà là. Dans cette épure radicale, Samuel BECKETT installe un monde suspendu, que la mise en scène de Jacques OSINSKI choisit de rendre plus concret, quasiment organique.
Le paysage évoque un désert mental, quelque part entre ruine et rêve, comme sorti d’une toile aux formes molles et instables de Dali.
Didi et Gogo, ou l’impossible départ
Vladimir et Estragon (Didi et Gogo) sont là. Ils parlent, se chamaillent, se retrouvent. Ils pourraient partir, mais ne partent pas. Quelque chose les retient, ou plutôt quelqu’un : Godot. Ils l’attendent comme on attend la nuit, sans certitude, sans raison claire, mais avec la nécessité vitale d’y croire. La mémoire flanche, les souvenirs se délitent, l’oubli s’installe comme un refuge. Le temps, lui, tourne à vide.
Dans cette errance, Denis LAVANT et Jacques BONNAFE composent un duo profondément humain, oscillant entre burlesque et vertige existentiel. Leur complicité donne chair à cette relation indéfectible, où l’un ne va jamais sans l’autre.
Un théâtre du presque rien
Chez BECKETT, il ne se passe rien... ou presque. Mais dans ce presque rien surgit l’essentiel : un geste, une douleur, une attente. L’arbre lui-même devient un événement lorsqu’il renaît timidement, comme une promesse fragile.
L’arrivée de Pozzo et Lucky fait irruption dans cet équilibre précaire. Avec Aurélien RECOING et Peter BONKE, la scène bascule vers une brutalité étrange, presque absurde. Une phrase résonne alors, comme un constat implacable : « nous naissons tous fous, quelques-uns le demeurent ». Ici, la folie n’est pas une exception, mais une condition.
Donner un cadre à la confusion
En choisissant une version du texte au plus près des intentions de BECKETT, Jacques OSINSKI ne cherche pas à réinventer « En attendant Godot », mais à en retrouver la pulsation première. Les corps comptent, les distances parlent, le minéral, le végétal et l’humain coexistent dans une même tension.
Ce théâtre-là ne donne pas de réponses. Il organise la confusion, lui donne une forme, un rythme, une respiration. Et dans cet espace, le spectateur est invité à ressentir plutôt qu’à comprendre.
Dans « En attendant Godot », l’attente devient une expérience sensible, presque physique, où le vide révèle l’essentiel.
👉 Une traversée à vivre au Théâtre de l’Atelier. Venez attendre, vous aussi.
