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« LE CHANT DES LIONS » ou quand l’intime fait naître un hymne au Théâtre Tristan Bernard

Après « Les Téméraires », Julien DELPECH et Alexandre FOULON poursuivent leur passionnante exploration de l’Histoire à hauteur d’hommes et de femmes. Là où leur précédent opus revisitait l’Affaire Dreyfus à travers Émile Zola et Georges Méliès, « LE CHANT DES LIONS » s’attache à une autre naissance fondatrice : celle du Chant des partisans.

Une rencontre, une guerre, un chant

En choisissant de raconter l’histoire d’amour entre Germaine Sablon et Joseph Kessel, les auteurs tissent une romance sur fond de résistance où l’intime devient le moteur du politique. Une écriture à quatre mains d’une rare fluidité, au point que la frontière entre faits historiques et fiction dramaturgique se brouille avec un naturel désarmant

1933. Sur la scène d’un cabaret parisien, Germaine Sablon, chanteuse adulée de la capitale, croise le regard de Joseph Kessel, écrivain, journaliste et aventurier. Le coup de foudre est immédiat : une histoire d’une nuit qui se prolonge quatre années, traversée par les tourments d’un homme partagé entre sa passion dévorante pour Germaine et la présence rassurante de Katia, qui l’ancre et l’apaise.

 

Mais l’Histoire s’invite brutalement dans l’intime. La guerre éclate, impose la fuite, l’exil à Toulon, l’entrée en Résistance, puis la clandestinité, jusqu’à Londres et la rencontre avec le général de Gaulle. De cette traversée des dangers et des choix naît un chant, destiné à unir les espoirs d’un peuple en lutte : Le Chant des partisans.

 

Une ouverture traumatique, une mémoire en fragments

La pièce s’ouvre sur un choc : le suicide de Lazare Kessel, frère de Joseph, traumatisme fondateur qui hantera l’écrivain toute sa vie et irrigue en filigrane le spectacle

Dès lors, le récit se construit par touches, en flashbacks délicatement orchestrés, où le passé et le présent dialoguent sans cesse. La guerre n’est jamais une toile de fond figée : elle envahit les corps, les silences, les choix, et transforme l’élan amoureux en engagement vital.

 

Charlotte Matzneff, cheffe d’orchestre du sensible

À la mise en scène, Charlotte MATZNEFF (assistée de Manoulia JEANNE) confirme une nouvelle fois sa maîtrise. Comme dans « Les Téméraires », chaque parcelle du plateau est habitée, utile, signifiante.

Mais ici, un élément domine : le son. Véritable personnage à part entière, il structure la dramaturgie. Bruitages, musiques et rythmes sont créés en direct par Mehdi BOURAYOU, compositeur et homme-orchestre présent sur scène, qui interprète également plusieurs rôles. Les sons sont samplés sous nos yeux, donnant naissance à un univers sonore riche, immersif, où une simple goutte de pluie peut devenir bombardement.

 

Une distribution remarquable, au diapason

La distribution brille par son homogénéité et son engagement. Marina PANGOS incarne une Germaine Sablon bouleversante, alliant puissance vocale, force et fragilité. Eric CHANTELAUZE compose un Joseph Kessel écorché vif, hanté par ses fantômes, porté par une intensité presque dangereuse.

Elodie COLIN impressionne par sa justesse dans le rôle de Katia, tandis que Thierry PIETRA apporte gouaille et humanité au directeur de music-hall résistant. Thibault PINSON incarne avec finesse Maurice Druon, jeune homme idéaliste prêt à se brûler les ailes.

 

Cinq interprètes au service d’un récit collectif.

 

Un chant qui traverse le temps

Porté par la scénographie d’Antoine MILIAN, les costumes de Corinne ROSSI et les lumières ciselées de Moïse HILL, « LE CHANT DES LIONS » culmine dans la création chorale du Chant des partisans. Moment suspendu, puissant, où le théâtre rejoint la mémoire collective. On sort bouleversé, avec cette impression rare d’avoir assisté à la naissance d’un patrimoine vivant.

 


 

Spectacle dense, vibrant et profondément humain, « LE CHANT DES LIONS » rappelle que la Grande Histoire se construit toujours à partir des petites.

 

Un rendez-vous théâtral à ne pas manquer au Tristan Bernard pour entendre, encore et toujours, rugir la mémoire.

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