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« Mon royaume pour un poney » au Théâtre de la tour Eiffel : Shakespeare, le chaos et l’art délicieux de tout faire dérailler

Spectacle

Avec « Mon royaume pour un poney », Philippe VIEUX s’empare de la célèbre pièce de Shakespeare  « Richard III » pour mieux la faire exploser de l’intérieur. Dès les premières minutes, le spectacle annonce la couleur : ici, le théâtre se regarde faire, se moque de lui-même et transforme chaque obstacle en ressort comique.

Quand «Richard III» devient une mission impossible

Le célèbre cri « Mon royaume pour un cheval ! » devient le symbole d’un idéal inaccessible, à l’image d’une production qui menace sans cesse de s’effondrer… pour le plus grand plaisir du public.

Les comédiens arrivent un à un au théâtre pour la première lecture d’un projet ambitieux : «Richard III» de William SHAKESPEARE. Mais très vite, le rêve vacille. La tête d’affiche annoncée, Fabrice LUCHINI, se désiste, aussitôt suivie par les producteurs. Le projet semble condamné avant même d’avoir commencé.

 

Déterminé à sauver sa mise en scène, le metteur en scène part en quête de financements et trouve un allié improbable : Jean-Yves Mignois, constructeur de meubles et ami de longue date. Une seule condition à son soutien : il jouera Richard III.

Pour réduire encore les coûts, la distribution est drastiquement amputée. Ils seront désormais quatre comédiens pour interpréter quarante personnages. Le projet est clair, presque suicidaire : monter une grande tragédie shakespearienne avec une troupe réduite, des moyens limités et une ambition démesurée. Une mission impossible… devenue un défi théâtral aussi fou qu’hilarant.

 

Une galerie de personnages irrésistiblement caricaturaux

Le véritable moteur du spectacle réside dans ses personnages, figures archétypales du monde théâtral, croquées avec une gourmandise assumée.

Philippe Pioche (Matthieu ROZÉ), metteur en scène dépassé par sa propre vision, rêve d’un chef-d’œuvre. Autour de lui gravitent des personnages ahauts en couleur :

 

 Nathan Plomb (Andy COCQ), comédien-chanteur prêt à tout pour avoir son tour de chant.

 

Jean-Yves Mignois (Christophe FLUDER), producteur davantage préoccupé par la vente de ses meubles que par Shakespeare, incarne l’archétype du financeur tout-puissant : celui qui, fort de son apport financier, intervient sans cesse dans la création et en détourne l’essence. Ses propositions, aussi envahissantes que fantasques, enchaînent les idées les plus rocambolesques pour prétendument «moderniser» l’œuvre.

Justine Chanteclou (Miren PRADIER), tragédienne exaltée et délicieusement excessive, Thibault Lhermite (Philippe VIEUX ou Jean-Marie LECOQ), comédien syndiqué jusqu’au bout des répliques, et Simone Tudieu (Katia TCHENKO), directrice de théâtre tentant de maintenir un semblant d’ordre, tout en flirtant avec insistance avec tout le casting masculin.

 

Cette galerie, volontairement parodique, fonctionne comme un miroir déformant, mais terriblement juste du milieu du spectacle vivant.

 

Un humour en cascade, porté par une troupe au diapason

La mise en scène de Gwen ADUH, fidèle à l’esprit qui a fait le succès des «Faux British», privilégie un rythme effréné et une inventivité constante. Les changements de rôles, les interludes inattendus et les ruptures de ton s’enchaînent sans jamais lasser. L’humour monte crescendo, flirtant avec l’absurde, le burlesque et le méta-théâtre.

Les comédiens, unanimement salués par le public, jouent collectifs : chacun est au service de la mécanique comique, avec une précision qui rend les dérapages parfaitement maîtrisés..

 

Un divertissement intelligent et généreux

Derrière le délire assumé, «Mon royaume pour un poney» interroge subtilement la fabrication du théâtre : ses egos, ses illusions, ses compromis et ses ratés magnifiques.

 

Le spectacle s’amuse de la bataille permanente autour de l'oeuvre de Shakespeare entre les défenseurs des classiques, les puristes, et les multiples tentatives de réinvention contemporaine. Le public ne s’y trompe pas : les rires sont francs, communicatifs, et l’on sort de la salle avec une joie simple et durable.

 


 

Comédie burlesque et théâtre dans le théâtre, «Mon royaume pour un poney» offre un moment de pur plaisir. Une pièce à découvrir sans hésiter pour rire, se surprendre et célébrer l’imprévu du spectacle vivant.

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