
On les croyait figés dans les livres scolaires ou réservés aux puristes. Pourtant, ces grandes œuvres du répertoire n’ont jamais été aussi vivantes. À travers des mises en scène audacieuses, musicales, immersives ou résolument contemporaines, les six spectacles de notre sélection prouvent que les classiques peuvent toujours surprendre, émouvoir et faire rire.
« Le Bourgeois gentilhomme » | MOLIÈRE en fête, entre rire et musique
Avec « Le Bourgeois gentilhomme », repris au Théâtre du Gymnase Marie Bell, MOLIÈRE retrouve toute sa flamboyance dans une version jubilatoire et résolument spectaculaire.
Monsieur Jourdain, bourgeois naïf rêvant d’accéder à la noblesse, se débat avec une énergie aussi touchante que ridicule pour imiter les codes de la haute société. Autour de lui, les précepteurs défilent, les intrigues se nouent, les quiproquos s’enchaînent et la célèbre cérémonie turque explose en un feu d’artifice théâtral.
Portée par Jean-Paul ROUVE, cabotin sans excès et d’une irrésistible humanité, cette adaptation signée Jérémie LIPPMANN assume pleinement le divertissement. La mise en scène mêle théâtre, danse et chant dans une célébration baroque où costumes flamboyants, perruques poudrées, chorégraphies énergique et musiques revisitées composent un spectacle total.
Sans jamais trahir le texte, la pièce joue avec les époques et souligne l’intemporalité de la satire sociale de MOLIÈRE : le désir de reconnaissance, le ridicule des faux-semblants et la comédie des apparences résonnent encore aujourd’hui.
Autour de ROUVE en « Bourgeois gentilhomme », une troupe complice insuffle rythme et fantaisie à ce grand classique, offrant un moment de théâtre joyeux, accessible et généreux, où le rire devient un art à part entière.
« Les Misérables » | L’épopée de Victor HUGO brise le 4ème mur
Après la comédie musicale planétaire et les innombrables adaptations cinématographiques, « Les Misérables » retrouvent la scène dans une version théâtrale flamboyante signée par la Compagnie Chouchenko, au Théâtre Hébertot.
En 1h50 d’un souffle épique constant, le chef-d’œuvre de Victor HUGO se déploie comme une grande fresque populaire, portée par dix comédiens endossant une multitude de rôles et pas moins de soixante-dix costumes. Du destin brisé de Fantine aux barricades de 1832, le spectacle embrasse toute la puissance romanesque du texte, avec Jean Valjean comme figure centrale de rédemption et d’humanité, traqué sans relâche par l’inflexible Javert.
La metteuse en scène Manon MONTEL choisit une approche audacieuse et vivante : confier le fil du récit à Madame Thénardier, personnage espiègle et mordant qui s’adresse directement au public et brise le quatrième mur. Ce parti pris crée une complicité immédiate avec la salle et permet de faire dialoguer humour populaire et tragédie sociale.
Soutenue par une scénographie fluide, une musique omniprésente et des tableaux d’une grande beauté visuelle, cette adaptation restitue l’élan, la force politique et l’actualité brûlante de l’œuvre.
Une reprise attendue, qui confirme que « Les Misérables » n’ont rien perdu de leur pouvoir d’émotion et de questionnement.
« Un Fil à la Patte » | FEYDEAU le maître du vaudeville à son sommet
Au Théâtre le Ranelagh, « Un Fil à la Patte » de Georges FEYDEAU s’impose comme une mécanique comique d’une redoutable efficacité.
Grand classique du vaudeville, la pièce déploie toute la virtuosité de l’auteur dans un enchaînement étourdissant de mensonges, de lâchetés et de situations inextricable
Bois d’Enghien, prêt à tout pour épouser une riche héritière, tente de rompre avec sa maîtresse Lucette Gautier, chanteuse de café-concert aussi passionnée qu’imprévisible. Mais chez FEYDEAU, rien ne se passe jamais comme prévu : chaque tentative d’échappatoire resserre un peu plus l’étau, entraînant le héros dans une spirale jubilatoire de catastrophes.
La mise en scène d’Anthony MAGNIER privilégie le rythme, l’énergie et la précision du jeu, donnant toute sa saveur au comique de situation et au burlesque des personnages. Portée par une troupe virevoltante, cette version fait la part belle à la vivacité des dialogues, aux entrées et sorties millimétrées et à une galerie de figures aussi cocasses que savoureuses. Sans surcharge décorative, le spectacle mise sur l’inventivité scénique et la générosité des interprètes pour offrir 1 h 45 de rire continu.
Une relecture fraîche et survitaminée qui rappelle pourquoi « Un Fil à la Patte » demeure l’un des chefs-d’œuvre incontestés du théâtre de boulevard.
« Le Misanthrope » | Quand MOLIÈRE frappe au cœur du présent
À partir du 18 mars 2026, Tigran MEKHITARIAN investit le Théâtre Antoine avec une relecture contemporaine et radicale du « Misanthrope » de MOLIÈRE.
Fidèle au texte original, cette adaptation en déplace le cadre et les tensions : Alceste devient ici un jeune homme issu des quartiers populaires, projeté dans un milieu artistique bourgeois dont il refuse les codes, les compromis et l’hypocrisie. Texte, danse et chant s’entremêlent pour faire résonner la langue de MOLIÈRE dans un décor d’aujourd’hui, vibrant et frontal.
Alceste cogne avec ses mots, animé par une sincérité brute qui se transforme peu à peu en violence destructrice. Son rejet des faux-semblants et des jeux de pouvoir est aussi juste que dangereux : ce qu’il combat finit par l’envahir. Face à lui, Célimène incarne tout ce qu’il exècre – et tout ce qu’il aime. Cet amour fiévreux, blessé, devient le lieu de sa chute autant que de sa possible reconstruction.
Plutôt que d’opposer frontalement banlieue et bourgeoisie, Tigran MEKHITARIAN choisit de les mettre en miroir. Vérité et violence, orgueil et solitude s’entrelacent dans le portrait d’un homme en lutte avec lui-même.
Ce « Misanthrope » vibrant interroge notre rapport à l’autre et rappelle, avec force, que la rencontre demeure une alternative à la colère.
« Le Cid pète un câble » | Le flow de CORNEILLE mis en lumière par Caroline Vigneaux
Avec « Le Cid pète un câble », Caroline VIGNEAUX propose une relecture audacieuse, drôle et résolument contemporaine du chef-d’œuvre de Pierre CORNEILLE. Partant d’un constat simple – le décrochage de nombreux jeunes face au langage classique – elle imagine un spectacle-pont, capable de réconcilier les publics avec le théâtre en alexandrins. 
Fidèle à la structure, à l’intrigue et à une grande partie des vers originaux, cette adaptation assume pourtant le choc des époques : la langue de CORNEILLE se mêle à celle d’aujourd’hui dans un joyeux dialogue, respectueux et irrévérencieux à la fois.
Amour adolescent, honneur, réputation, dilemmes impossibles : les thèmes du Cid résonnent toujours avec force. Pour les rendre accessibles, la pièce convoque humour, pédagogie ludique, danse, vidéo et même rap – avec des paroles exclusivement signées CORNEILLE, preuve que le classique peut avoir un flow redoutable.
Porté par une jeune troupe issue d’un large casting, le spectacle déploie une énergie communicative qui transforme la tragédie en une comédie avant-gardiste, sans jamais trahir son essence.
À la fois initiation et célébration du théâtre classique, « Le Cid pète un câble » réussit son pari : donner envie de rire, de comprendre et, peut-être, d’aller ensuite redécouvrir l’original.
« Hamlet, la fin d’une enfance » | SHAKESPEARE à hauteur de jeunesse
Avec « Hamlet, la fin d’une enfance » au Lucernaire, Christophe LUTHRINGER propose une relecture immersive et profondément contemporaine du chef-d’œuvre de SHAKESPEARE.
Hamm, 19 ans, vient de perdre son père. Deux mois plus tard, sa mère refait sa vie. Incapable d’accepter cette réalité, il se replie dans sa chambre et refuse le monde extérieur. Ce lieu intime devient alors un théâtre mental où il monte « Hamlet », transformant son lit, son bureau, ses figurines, ses marionnettes et son punching-ball en autant de fragments d’un royaume intérieur.
Guitare à la main, porté par des musiques allant de The Cure à Mozart, Hamm brouille les frontières entre fiction et réalité.
Dans ce face-à-face entre un jeune homme et le mythe, le théâtre devient un outil de résilience. Les mots de SHAKESPEARE, riches et organiques, entrent en collision avec un présent saturé d’images et de langages rapides. Cette tension interroge notre rapport à la parole, à l’identité et au rôle social que chacun est sommé de jouer. La musique et le chant, omniprésents, traversent le corps, soignent et accompagnent la métamorphose du personnage.
Brut, poétique et intensément sensible, ce « Hamlet » inédit explore la fin de l’enfance comme un territoire de vertige, où l’art devient un refuge autant qu’un moyen de se reconstruire.
Ces réécritures et relectures n’édulcorent jamais les textes : elles les réveillent. Qu’il s’agisse de MOLIÈRE, de CORNEILLE, de SHAKESPEARE, de FEYDEAU ou de Victor HUGO, chaque spectacle fait dialoguer l’héritage et le présent, interrogeant notre époque avec des mots anciens et des formes nouvelles. Ces classiques revisités parlent d’amour, de colère, de pouvoir, de jeunesse et de révolte – autant de thèmes éternels qui nous concernent encore aujourd’hui.
👉 À voir absolument : pour redécouvrir ces chefs-d’œuvre autrement, se laisser surprendre et rappeler que le théâtre classique n’est pas un monument figé, mais un terrain de jeu infiniment vivant.




