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MON FILS 

Promo MON FILS au Théâtre de la Contrescarpe
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Théâtre de la Contrescarpe - Paris

De Erwan SZEJNOK ZAMOR

« MON FILS »
RÉPARER UNE VIE EN UNE NUIT

Un coup de téléphone annonce à Pierre Lefrançois la mort d’un certain Srul : son père avec qui il est brouillé depuis plus de trente ans, et qu’il n’a jamais revu. Réunis toute une nuit, ils feront évoluer leurs âmes en conflit vers une réparation commune. Le fils essaie de comprendre ce père absent et d’en faire le deuil. Le père tente de réparer ses erreurs, d’expliquer son histoire afin de pouvoir quitter ce monde en paix.
La réconciliation sera-t-elle possible avant que le jour se lève ?

 

NOTE DE L’AUTEUR, Erwan SZEJNOK ZAMOR
"Je suis petit-fils d’un homme ayant échappé aux rafles. Il a perdu toute sa famille dans les camps, jusqu’à être le dernier à porter son nom de famille. J’aborde ici les difficultés et la culpabilité que peut éprouver un homme ayant survécu à la barbarie nazie. Comment peut-on vivre après ? Peut-on guérir ? Se reconstruire ? Fonder une famille ? J’ai écrit cette pièce entre fiction, réalité familiale et conte mystique pour partager mon ressenti de descendant de troisième génération, partager cette mémoire et ces blessures encore vives."

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Durée

 :  1h15

Première

 : 

Dernière

 : 

Mise en scène :

Erwan SZEJNOK ZAMOR

Infos et réservation :

Guichet :

Contrescarpe 5 rue Blainville 75005 Paris

Tél. location

 : 01 42 01 81 88
Salle ouverte
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Jusqu'au 22/06/22 à partir de

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La presse parle de MON FILS

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Récit émouvant d’un tikoun...

Transmission sur les planches Le comédien Erwan Szejnok Zamor signe Mon fils, qu’il met en scène afin de raconter l’histoire de son grand-père. Il y interroge les énigmes de l’identité et de l’héritage culturel, avec cette question centrale : « comment continuer à transmettre en réparant les morts ainsi... Lire plus

Transmission sur les planches
Le comédien Erwan Szejnok Zamor signe Mon fils, qu’il met en scène afin de raconter l’histoire de son grand-père. Il y interroge les énigmes de l’identité et de l’héritage culturel, avec cette question centrale : « comment continuer à transmettre en réparant les morts ainsi que les vivants ? » Récit émouvant d’un tikoun, par-delà le gouffre de la Shoah.

Pierre Lefrançois reçoit un appel d’un notaire lui annonçant le décès de son père Jacques et lui demandant de veiller son corps. Or, Pierre n’a pas vu son père depuis 30 ans et s’était brouillé avec lui pour cause d’abandon. Les liens avaient été totalement coupés à l’âge de 17 ans. Pierre reçoit la visite en songe de ce père où il apprend sa véritable identité et son passé douloureux. Jacques, de son prénom d’origine Srul, est un juif natif de Pologne qui a perdu sa famille à Auschwitz. Perturbé par la culpabilité d’avoir survécu, incapable d’assumer cette paternité, il ne lui a jamais parlé de son passé. Pierre surpris, méfiant et hostile de premier abord, ne veut rien entendre. Cette révélation va peu à peu le bouleverser, lui permettre de se situer dans une lignée et de retrouver son nom d’origine. De l’incompréhension à l’acceptation, en passant par la colère et le déni, il se familiarise avec ce père si étranger et parvient à se réconcilier avec cette nouvelle filiation. De son coté, Srul avait besoin de cette réconciliation pour être en paix avec sa conscience et pouvoir quitter ce monde, apaisé. La réparation, le tikoun se sont effectués. Dans une ambiance intimiste au décor minimaliste, entre ombre et lumière, les comédiens Jean-Philippe Bêche, interprétant le fils et Erwan Szejnok Zamor, dans le rôle du père, touchent tout un chacun. 

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♥♥♥♥♥ Bouleversante, une œuvre unique tout en étant universelle...

♥♥♥♥♥   La transmission d’un héritage familial et culturel Prisonnier de son histoire, Srul Sheinaog est le dernier du nom, sa famille ayant été entièrement exterminée. Volontairement apatride au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il... Lire plus

♥♥♥♥♥

 La transmission d’un héritage familial et culturel
Prisonnier de son histoire, Srul Sheinaog est le dernier du nom, sa famille ayant été entièrement exterminée. Volontairement apatride au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il s’est fait appeler Jacques Duflot. Cet homme qui a survécu à la Shoah est resté seul avec sa peur de survivant, comme il l’expliquera à Pierre Lefrançois, le fils qu’il a refusé de reconnaître soixante ans plus tôt. Dans son testament, il demande à ce fils de le veiller une nuit, comme le veut la tradition juive. Une nuit fantomatique pendant laquelle deux êtres aux déchirures béantes vont s’opposer, s’apprivoiser et se pardonner. Dans « Mon fils », bouleversante pièce écrite, mise en scène et co-interprétée par Erwan Szejnok Zamor (au théâtre de la Contrescarpe jusqu’au 25 juin), la transmission d’un héritage familial et culturel est en jeu. Question universelle s’il en est, elle prend une dimension d’autant plus poignante lorsqu’il s’agit de celle d’un peuple martyr ayant souffert de la barbarie nazie. Mais une réconciliation est-elle possible, même par-delà la mort ?

L’impossibilité d’un être à trouver son chemin de résilience

Cette pièce revient sur une période terrible de notre histoire, dont l’écho de la souffrance se transmet encore de génération en génération. Erwan Szejnok Zamor est le petit-fils d’un homme ayant échappé aux rafles, à l’instar du personnage de la pièce qu’il incarne. Tout comme lui, son aïeul était le dernier du nom, avant de le transmettre. Mêlant tragédie familiale et fiction et empruntant au conte fantastique, il parvient à retranscrire avec justesse l’histoire commune des Juifs persécutés, qui a rendu orphelines des familles. Mais surtout l’impossibilité d’un être à trouver son chemin de résilience. Le traumatisme était trop grand pour Srul Sheinaog, la fracture intérieure était trop béante, la reconstruction impossible, le socle ayant volé en éclats. Lors de cette nuit magique, de la dernière chance, où son âme est encore présente, il décide d’apparaître à son fils pour lui expliquer les raisons de son silence, de cette fuite éperdue, de cette errance qui l’a amené à mentir et à se mentir. À ce refus de paternité, n’ayant pu lui-même devenir un « mensch », une personne attentive, sur qui on peut compter. Entre regrets et culpabilité, il lui racontera l’histoire de sa famille, Dieu qui est le Grand Tout et le symbole de la Kippa que son fils refuse de porter car laïc, mais aussi la rencontre avec sa mère et son refus de paternité.

Les cœurs se frottent, se consolent, se réchauffent

Réunis pour une seule nuit, la nuit de la dernière chance, ces deux êtres aux fêlures propres vont entamer ce processus essentiel de réparation et de deuil qui conduit à la paix. Chacun évoluant à son rythme. Pierre, de la colère au pardon. Srul, du vide à son comblement par la reconnaissance d’un père par son fils. Dans le rôle du fils révolté, Jean-Philippe dégage une puissance animale, mais écorchée vive. La fureur et la tristesse alternent, toujours avec la même intensité. Le comédien et le personnage ne font qu’un tant la douleur semble réelle, tant l’émotion semble le submerger. Par moments, brille dans ses yeux et son sourire l’enfant à qui on raconte une histoire extraordinaire. Voir et entendre ce grand gaillard baraqué évoquer ses blessures et ses espérances est très touchant. Quant à Erwan Szejnok Zamor, il parvient à donner une grâce aérienne à son personnage qui a traîné une vie entière le poids d’un drame personnel et collectif. Dans la narration de l’histoire de Srul, il est plus que convaincant, il nous restitue ses frissons, le grand froid du vide qui a gelé son avenir, le cristallisant en lambeaux de vie impossibles à transmettre. Ce duel familial in extremis, où bat le rythme de l’urgence, est très beau et glaçant à la fois. Alors que chacun avance vers l’autre, prend le chemin de la reconnaissance de l’autre, les cœurs se frottent, se consolent, se réchauffent. La résilience est en marche, sans triomphe, mais avec gratitude.

L’histoire de « Mon fils » est sublimée par une recherche scénique et visuelle fouillée et inventive. Pour nous transporter dans un monde imaginaire, propre à accueillir un fantôme, mais aussi pour nous rappeler les camps de concentration, leur libération, le retour des survivants, l’hôtel Lutetia et l’affreuse et interminable attente des familles. Projetées en fond de scène, ces images de Marion Ducasse et Maxime Richard sont saisissantes. Quant à la composition musicale et la chorégraphie originale d’Erwan Szejnok Zamor, elle est spectaculaire. Alors que se dessinent au loin les barbelés des camps et les figures émaciées aux yeux vides, les deux personnages se positionnent face au public et font des pas de danse tout en se martelant fortement la poitrine au rythme de la musique. On pourrait presque entendre au loin la marche bottée des nazis, le roulement d’un train fou et même le galop infernal des cœurs effrayés. Beau dans l’analogie, tragique dans le symbole. Bien que le thème ait été traité maintes fois, l’originalité et la puissance de « Mon fils » sur l’influence du nom et l’importance de sa transmission font de cette pièce une œuvre unique tout en étant universelle, représentative d’une histoire commune.

Nathalie Gendreau

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Texte magistral et bouleversant. Mise en scène somptueuse. Un très beau et poignant moment de théâtre

"La pièce démarre par un énigmatique coup de fil que reçoit Pierre Lefrançois pour lui annoncer la mort à 93 ans d’un certain Srul Sheinaog qu’il dit tout d’abord ne pas connaître… En fait, apatride, il se faisait appeler sous un nom d’emprunt Jacques Duflot…... Lire plus

"La pièce démarre par un énigmatique coup de fil que reçoit Pierre Lefrançois pour lui annoncer la mort à 93 ans d’un certain Srul Sheinaog qu’il dit tout d’abord ne pas connaître… En fait, apatride, il se faisait appeler sous un nom d’emprunt Jacques Duflot…

Pierre se souvient de ce père absent.

Le notaire qui vient de l’appeler le convie à la veillée du corps selon la tradition juive. Stupéfaction du fils, fort peu religieux, qui se rend cependant dans la chambre du défunt, puis s’assoupit. Jacques, le père apparait et le réveille. Il a 40 ans, donc plus jeune que Pierre qui en a actuellement 60 ! S’entame alors un dialogue poignant et intense entre la frustration et les reproches d’un fils qui s’est senti abandonné et un père qui, à travers son histoire et celle de sa famille persécutée par la barbarie nazie, tente d’expliquer sinon de justifier les raisons de son refus de paternité. Petit à petit, ils vont s’apprivoiser et faire évoluer leurs âmes vers une paix commune.

Erwan Szejnok Zamor, auteur de ce texte magistral et bouleversant joue le rôle de Jacques/Srul avec une conviction et une force qui fait écho et honneur à sa propre histoire. Sa mise en scène est somptueuse, notamment la chorégraphie originale et émouvante des danses effectuées par les deux acteurs sur un fond d’images de camps de concentration.
Quant à Jean-Philippe Bêche, il campe un Pierre révolté et touchant avec beaucoup de talent. Un très beau et poignant moment de théâtre à ne pas manquer… Pour ne pas oublier !"

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Pièce bouleversante. Le duo fonctionne à merveille !

La pièce est un récit autobiographique auquel se mêle habilement la fiction . Erwan Szejnok-Zamor, l’auteur, est le petit-fils d’une famille juive que les nazis exterminèrent dans un de leurs camps de la mort. Ici, il tente de raconter son vécu, encore hanté par la mémoire des... Lire plus

La pièce est un récit autobiographique auquel se mêle habilement la fiction. Erwan Szejnok-Zamor, l’auteur, est le petit-fils d’une famille juive que les nazis exterminèrent dans un de leurs camps de la mort. Ici, il tente de raconter son vécu, encore hanté par la mémoire des horreurs passées, à travers un dialogue entre un fils et un père qui ne se seraient plus revus depuis fort longtemps.

Un coup de téléphone d’un notaire apprend à Pierre Lefrançois la mort de son père, Srul, avec qui il s’était brouillé et qu’il n’avait plus jamais revu depuis. Son père réapparait la veille de sa mort et tous deux vont tenter pendant cette dernière nuit de se comprendre. Pourquoi son père l’a-t-il ignoré si longtemps ? Pourquoi fut-il si peu présent dans son enfance ? François voudrait comprendre. Srul, de son côté, essaie d’expliquer ses erreurs, cherchant à se réconcilier avec son fils au cours de ces quelques heures. Il lui apprend, notamment, qu’il est un survivant des rafles qui ont emporté toute sa famille…

Cette pièce, bouleversante, permet à l’auteur d’imaginer un dialogue fictif de questions-réponses entre lui et lui. Il se met lui-même en scène, dans la peau de Srul, avec son petit costume, son petit chapeau façon Yiddish accompagné de Jean-Philippe Bêche, Pierre, en mec nature, jeans et blouson. Le duo fonctionne à merveille, il nous fait parfois rire avec son humour juif, et nous émeut profondément lorsqu’est évoquée la Shoah.

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Un puissant tête-à-tête dont on ne sort pas indemne.

Pierre Lefrançois considère un instant le lit sur lequel repose l’homme pour qui il est venu. Soulever le drap pour considérer son visage, pas pour le moment. Il retire en revanche celui d’une psyché voilée. La lueur des bougies vacille dans l’obscurité de la pièce. Pierre est... Lire plus

Pierre Lefrançois considère un instant le lit sur lequel repose l’homme pour qui il est venu. Soulever le drap pour considérer son visage, pas pour le moment. Il retire en revanche celui d’une psyché voilée. La lueur des bougies vacille dans l’obscurité de la pièce. Pierre est encore sous le choc de la nouvelle transmise par le notaire. Jacques Duflot, alias Srul Szejnok, ce père méconnu qui l’ignore depuis plus de trente ans, se rappelle à lui sous la forme d’un testament incongru. Hériter suppose certaines conditions. Pierre doit porter la kippa, assister à la veillée funèbre, suivre les rites religieux et lire les mémoires du défunt. Le fils ne vient pas pour l’argent mais par principe. Il ignore tout de la religion juive et se montre encore plus surpris que son père le soit. Il saisit le journal, et tout à coup, Srul se tient devant lui. De crainte d’y voir son reflet, il ordonne à son fils de recouvrir le miroir et l’enjoint de mettre la kippa.

Pierre et Srul ont toute la nuit. L’un pour raconter son passé, réparer ses erreurs et transmettre. L’autre pour écouter, comprendre et pardonner. Et cette nuit ne sera pas de trop. Permettra-t-elle aux âmes des deux hommes en conflit de s’apaiser, au lien de la transmission de se nouer enfin pour que l’un parte en paix et que l’autre fasse son deuil ?

Dans une semi-obscurité, le face à face se dessine.  La musique et des vidéos l’accompagnent dans une terrible et émouvante évocation, celle des meetings du monstre, des photos jaunies d’une famille annihilée, des trains sur le chemin des camps de la mort et celles, glaçantes, des silhouettes décharnées des rares survivants.

La perte des siens a rendu impossible l’idée même d’une vie normale. Elle est celle d’un homme qui s’enfuit pour ne pas être père, n’ayant pu faire le deuil du sien, celle d’un homme qui refuse le bonheur et se croit le dernier représentant d’un patronyme qui s’éteindra avec lui.
Erwan Zamor Szejnok, très habité par le rôle du père, tient sa partie avec talent. Jean-Philippe Bêche, le fils, passe subtilement du rejet et de la rancune à l’amour.
Un puissant tête-à-tête dont on ne sort pas indemne.

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Un spectacle touchant à l'atmosphère de conte mystique...

Inspiré en partie par une histoire familiale, Erwan Szejnok Zamor (texte et mise en scène) explore dans Mon fils la thématique de l'absence du père et du traumatisme familial. Au Théâtre de la Contrescarpe, dans un spectacle touchant à l'atmosphère de conte mystique, il... Lire plus

Inspiré en partie par une histoire familiale, Erwan Szejnok Zamor (texte et mise en scène) explore dans Mon fils la thématique de l'absence du père et du traumatisme familial.

Au Théâtre de la Contrescarpe, dans un spectacle touchant à l'atmosphère de conte mystique, il interprète en duo avec le comédien Jean Philippe Bêche ce couple improbable du père et du fils. La barbarie nazie n'a pas seulement eu comme conséquence de révéler toute l'inhumanité des actes commis par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Elle a aussi profondément modifié notre perception humaine du monde. Finalement, les témoignages de ceux qui ont échappé aux camps d'extermination ou de ceux qui y ont perdu toute leur famille ont été assez rares et bon nombre d'entre eux ont préféré garder leur secret jusqu'à la mort. 

Comment peut-on vivre après un tel trauma ? Peut-on guérir ? Se reconstruire ? Fonder une famille ? À toutes ces questions Erwan Szejnok Zamor répond subtilement par une habile parabole entre un père (un certain  Srul) et un fils (Pierre Lefrançois). Cette rencontre théâtrale se profile d'autant plus troublante qu'il s'agit d'un dialogue post-mortem se déroulant devant le linceul du père. Brouillé avec ce dernier depuis plus de trente ans et averti en catimini de sa mort récente par un notaire nous voyons au début de la pièce un Pierre Lefrançois intrigué, découvrant des lettres que Srul lui a laissées.
Subtilement, en une habile progression narrative, Mon fils nous raconte cette insolite et dernière rencontre entre Srul et Pierre Lefrançois. Dans un jeu spontané et inventif Jean Philippe Bêche interprète Pierre Lefrançois, ce fils en colère contre son père, ou plutôt contre son absence, qui découvrira très progressivement au cours de cette même nuit initiatique sa part enfouie de judéité ainsi que tous les évènements majeurs qui ont ponctué la tragique existence de son père.  Quant à Erwan Szejnok Zamor, il interprète brillamment ce rôle complexe de père à la fois tourmenté et volubile, confronté à la double difficulté de se réconcilier une dernière fois avec son fils et de l'éclairer plus précisément sur l'histoire même de sa vie. 

Heureusement, Mon fils échappe à la lourdeur du pathos théâtral et ce spectacle original oscille intelligemment entre la dureté des situations, la tendresse et même - quoique discret - un certain humour.  Dans la pièce l'interaction problématique père/fils nous est finement exposée par deux comédiens au jeu naturel. En outre, le texte intéressant  échappe aux poncifs qui trop souvent encombrent la littérature générale ou le théâtre comme ceux du fils larmoyant et du père empêtré dans des multiples auto-justifications. L'on sait aujourd'hui avec la psychologie moderne que les secrets familiaux ayant pour origine les périodes troublées comme celles de la Seconde Guerre Mondiale figurent parmi les plus destructifs.

Dans son roman Un secret (2004) Philippe Grimbert mettait en exergue -  sur un mode narratif original - un personnage (François) empoisonné par un secret, mais  qui parvenait enfin à se construire à la suite d'une vérité bouleversante qui lui était révélée. Dans ses ouvrages de vulgarisation le neuropsychiatre et psychanalyste Boris Cyrulnik approfondit cette notion de résilience l'élargissant au plus grand nombre. Dans le spectacle Mon fils l'empreinte de la résilience chez le père se profile d'autant plus troublante qu'elle s'inscrit dans un dialogue de l'au-delà entre les personnages de Srul et de Pierre Lefrançois. Pour le jeu expressif de ses comédiens ainsi que pour son  climat mystique et humaniste,  Mon fils se profile une curiosité théâtrale à découvrir ! 

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picto De la cour au jardin
Un très beau moment de théâtre

Un père et manques… Tu quoque fili… Une voix s’élève derrière un rideau blanc, alors que Pierre Lefrançois arrive en toute hâte du fond de la salle. Cette voix, c’est celle de maître André Dubourg, notaire à Lisieux.
Un notaire qui va délivrer un... Lire plus

Un père et manques…
Tu quoque fili…
Une voix s’élève derrière un rideau blanc, alors que Pierre Lefrançois arrive en toute hâte du fond de la salle.
Cette voix, c’est celle de maître André Dubourg, notaire à Lisieux.
Un notaire qui va délivrer un stupéfiant message : il annonce la mort de Srul Sheinaog, alias Jacques Duflot.
Le père de M. Lefrançois.
Un père qu’il n’a pas revu depuis quarante-trois ans, suite à une brutale séparation, le jour de l’anniversaire de ses dix-sept ans.
Autre chose : ce père disparu de la circulation est juif.
Tel est le point de départ de cette pièce écrite, mise en scène et co-interprétée par Erwan Szejnok-Zamor.
Erwan Szejnok-Zamor, le petit-fils d’un homme passé au travers des rafles en 1942, un homme qui a perdu toute sa famille dans les camps que l’on sait, jusqu’ à se retrouver le dernier à en porter le nom.

Dans ce texte passionnant, mêlant le vrai de la réalité familiale à l’imagination de la fiction, il va nous faire partager son positionnement de descendant de troisième génération.
Comme pour nous dire le besoin de nous faire partager le fait d’être dépositaire de cette histoire-là.

Un fils qui doit veiller le corps paternel lors d’une veillée funèbre.
Un fils et un père qui grâce à un artifice théâtral vont pouvoir se parler pour la première fois depuis plus de quarante ans.
Un fils et un père qui vont devoir chacun faire un bout de chemin l’un vers l’autre, pour se comprendre.
Un fils qui pourra faire le deuil d’un père qui fut absent.
Le sujet est délicat, de ceux qui pourraient vite déraper dans un pathos de mauvais aloi.
Ici, ce n’est absolument pas le cas. Avec beaucoup de pudeur, d’émotion juste, mais aussi d’humour, nous est racontée l’histoire de ces deux hommes, qui démarre de l’intime pour aller à l’universel.
Srul-Jacques, c’est donc l’auteur.
Pierre est interprété par Jean-Philippe Bêche, bien connu des fidèles lecteurs de ce site.
Ce qui saute immédiatement aux yeux, c’est l’apparence des deux personnages, complètement à l’opposée l’une de l’autre.
Le fils a un look très « belmondien », Jean-Philippe Bêche ayant opté pour le fameux triptyque jeans / blouson de cuir noir sur t-shirt blanc.
Le père quant lui fait penser à l’immense Popeck, petite veste sur gilet chemise-cravate, et surtout un petit chapeau à la drôle de forme.
Le duo Bêche/ Szejnok-Zamor va fonctionner à la perfection.
On croit tout à fait et instantanément aux deux personnages. Ces deux-là incarnent avec une irréprochable justesse ces deux personnages aussi attachants l’un que l’autre.
Ils nous font partir d’un grand contraste physique et psychologique pour faire subtilement évoluer les deux perceptions.

Jean-Philippe Bêche parvient de façon épatante à nous montrer l’évolution de son Pierre, qui part de très loin, qualifiant son père d’« Hébreu » (la scène est drôle, tout comme celle du saucisson-jambon. Et non, vous n’en saurez pas plus…).
Une kippa symbolisera de bien belle manière cette évolution-là.
Des scènes comportant beaucoup d’émotion juste nous attendent. Durant ces beaux moments, nous n’en menons pas large. Les deux comédiens sont alors bouleversants.

Cette pièce comporte une autre vertu, et qui mérite d’être vraiment soulignée, par les temps qui courent.
Erwan Szejnok-Zamor nous parle également de religion.
Et ce, de façon lucide et humaniste.
Je me suis parfaitement retrouvé dans son positionnement, moi l’athée complet mais qui ai compris pourquoi il était nécessaire de porter une kippa en pénétrant dans la synagogue et le cimetière de Cracovie.
Le judaïsme qu’il évoque est un judaïsme « au sens large », nous dit-il, une religion de tolérance.
D’ailleurs, son personnage nous le dit : « j’ai été juif et ceci… sans être religieux ».
Il est question de la place de l’Homme, au milieu « d’un grand tout » (autre citation du texte), un Homme dont le positionnement personnel dépend aussi de racines.

Il nous parlera des racines notamment grâce à sa clarinette, dont il tirera un magnifique morceau, nous renvoyant aux racines ashkénazes et au Yiddish, cette langue anéantie par les nazis, qui n’est plus parlée que par quelques rares communautés et un tout petit nombre d’« universitaires poussiéreux », pour reprendre l’expression de Jacques Fredj, le directeur du Mémorial de la Shoah.
Erwan Szejnok-Zamor est également très lucide sur le pathétique positionnement polonais lors de la terrible période qui a privé son grand-père des membres de sa famille. (Je rappelle d'ailleurs au passage que vous ne pouvez pas visiter le site d'Auschwitz sans un guide "officiel polonais" qui délivre "la bonne parole", même si vous y allez comme ce fut toujours mon cas avec Tal Bruttman, l'historien universitaire français spécialiste incontesté du terrible sujet. Je referme cette autre parenthèse...)
Je n’aurai garde d’oublier de mentionner les très beaux tableaux graphiques de Marion Ducasse et Maxime Richard, projetés au lointain, et qui illustrent de bien belle et bouleversante manière l’un des épisodes les plus sombres de notre histoire.



Vous l’aurez compris, j’ai assisté à un très beau moment de théâtre, que je vous conseille vivement. L'un de ceux qui vous interpellent en tant qu'individu appartenant à la fraternité humaine.
Vous aussi, allez faire le chemin.

 

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Les avis des spectateurs sur MON FILS

Anonyme
Laurence 5
Un moment de vie. Un moment de transmission
C’est une très belle pièce , très bien écrite et très bien jouée.
A ne pas manquer !
Anonyme
Franck
Une oeuvre très touchante et profonde , puissante et percutante avec des touches d'humour desservi par un beau jeu de comédiens et une mise en scène réussie . Un très beau moment de théâtre et d'art avec sensibilité et force .

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