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Spectacles à Paris

À la recherche du temps perdu de Marcel Proust 

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Théâtre de la Contrescarpe - Paris

De Marcel PROUST

« Le regard de Proust est infiniment plus subtil et attentif que le nôtre. Il nous prête ce regard tout le temps que nous le lisons. Et comme les choses qu’il regarde sont les plus naturelles du monde, il nous semble sans cesse, en le lisant, que c’est en nous qu’il nous permet de voir. Par lui, tout le confus de notre être sort du chaos, prend conscience. Nous nous imaginons avoir éprouvé nous-mêmes ce détail, nous le reconnaissons, l’adoptons, et c’est notre passé que ce foisonnement vient enrichir. » ANDRÉ GIDE

 

C’est dans l’envie de prolonger le plaisir évoqué par Gide, et de le partager, qu’est né ce spectacle autour de Marcel Proust. Les images du souvenir, choisies et assemblées selon la logique d’un puzzle merveilleux, ouvrent une porte inédite sur l’un des plus éblouissants monuments de la littérature moderne : À la recherche du temps perdu.

 

SEUL EN SCÈNE ÉLIGIBLE AUX MOLIÈRES 2022

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Durée

 :  1h15

Première

 : 

Dernière

 : 

Distribution :

David LEGRAS

Mise en scène :

Virgil TANASE

Infos et réservation :

Guichet :

Contrescarpe 5, rue Blainville 75005 Paris

Tél. location

 : 01 42 01 81 88
Salle ouverte
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Jusqu'au 26/12/22 à partir de

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La presse parle de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust

L'Évasion des Sens
Un condensé aussi savoureux que la célèbre madeleine

C’est un sacré défi que d’adapter sur les planches le monument littéraire de Marcel Proust que si peu d’entre nous ont lu intégralement, avouons-le. Le metteur en scène Virgil Tănase nous en offre un condensé aussi savoureux que la célèbre madeleine. Le texte,... Lire plus

C’est un sacré défi que d’adapter sur les planches le monument littéraire de Marcel Proust que si peu d’entre nous ont lu intégralement, avouons-le. Le metteur en scène Virgil Tănase nous en offre un condensé aussi savoureux que la célèbre madeleine.
Le texte, composé d’extraits piochés dans les sept tomes de l’œuvre écrite entre 1906 et 1922, se concentre sur l’essence de La Recherche, à savoir la mémoire et le souvenir. Sur scène, dans une chambre dont les meubles ont été recouverts de draps, le temps est comme suspendu.
Un grincement métallique, et voilà le travail de réminiscence soudain à l’œuvre. Au gré des sensations, le narrateur interprété par David Legras, seul sur le plateau et tout de blanc vêtu, revit des moments oubliés de son enfance et de sa vie d’adulte. Plongeant dans les méandres du passé, la phrase hésite parfois, comme butant au pied du souvenir, mais les images finissent par affleurer à la surface. Une poupée, un landau, un foulard… les quelques accessoires disposés sur scène font ressurgir les figures tant aimées, comme la grand-mère ou Albertine. Les noms de ville, évoqués avec gourmandise, forment à eux seuls des tableaux. Sans oublier le « petit coquillage de pâtisserie » imbibé de thé, dont le goût rappelle au narrateur les dimanche matins à Combray, quand il allait dire bonjour à sa tante Léonie.
Quel plaisir pour le spectateur d’entendre aussi distinctement les longues phrases serpentines de Proust, quel délice que de replonger dans cette œuvre magistrale, ou de la découvrir ! Qui a dit que la nostalgie ne pouvait pas être envoûtante ?

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Un jeu et une adaptation relevant de la virtuosité !

Théâtre. Vingt ans après sa création au Festival d’Avignon et 600 représentations au compteur, l’adaptation à la scène par l’écrivain et metteur en scène roumain Virgil Tanase d'À la recherche du temps perdu se joue toujours avec succès. Dans une... Lire plus

Théâtre. Vingt ans après sa création au Festival d’Avignon et 600 représentations au compteur, l’adaptation à la scène par l’écrivain et metteur en scène roumain Virgil Tanase d'À la recherche du temps perdu se joue toujours avec succès. Dans une ambiance feutrée, seul en scène, le comédien David Legras réussit l’exploit de nous livrer l’essence même de la Recherche, grâce à un jeu et une adaptation relevant de la virtuosité. Virgil Tanase s’est immergé au cœur de la démarche proustienne : à partir de morceaux choisis, formant un tout d’une remarquable cohérence, il nous montre la manière dont l’auteur plonge dans les mécanismes les plus enfouis de la mémoire, ceux de la réminiscence, pour y obtenir un peu de « temps à l’état pur ».
Le souvenir surgit au cours d’une sensation, à l’instant du réveil, à la dégustation d’une madeleine ou encore à la contemplation du petit pan de mur jaune d’un tableau de Vermeer. Dans un décor d’une belle sobriété, quelques accessoires (une voiture d’enfant, un bouquet de fleurs blanches, une étole vieux rose…) suggèrent les figures aimées, Gilberte, Albertine, la duchesse de Guermantes… En dandy de la Belle Époque, David Legras nous entraîne de son impeccable diction dans le monde éblouissant d’un des génies de la littérature. I.F.

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Théâtre & Co
Une interaction envoûtante...

Créée il y a presque vingt ans au Festival d’Avignon (2002), À La Recherche du Temps Perdu conçue par Virgil Tanase, romancier et dramaturge entre autres, est toujours à l’affiche au théâtre de la Contrescarpe (>). C’est un spectacle intime tiré de l’œuvre... Lire plus

Créée il y a presque vingt ans au Festival d’Avignon (2002), À La Recherche du Temps Perdu conçue par Virgil Tanase, romancier et dramaturge entre autres, est toujours à l’affiche au théâtre de la Contrescarpe (>). C’est un spectacle intime tiré de l’œuvre fleuve de Proust, un seul-en-scène fait comme sur mesure pour David Legras qui interprète avec élégance le personnage de narrateur Marcel.
L’œuvre de Proust ne cesse de fasciner autant ses nombreux lecteurs que ses admirateurs inconditionnels amenés jusqu’à vouloir la faire vivre sur scène. S’il est inimaginable de la représenter dans sa totalité, chaque parti pris dramatique n’en propose pas moins une approche singulière qui exprime un rapport personnel à son immense richesse littéraire. Une transposition purement narrative de l’histoire paraîtrait réductrice, d’autant que cette histoire est révélatrice des processus de remémoration et par-là de la construction d’une temporalité subjective propre à chaque individu.
La conception de l’intrigue par Virgil Tanase s’inscrit précisément dans cette perspective du travail de la mémoire sur le souvenir : mettre en évidence ce travail théorisé par Proust dans des passages de La Recherche en s’appuyant sur un certain nombre de réminiscences épiques évoquées par Marcel dans son récit.
      L’effet produit est doublement proustien : le narrateur-personnage réactive des souvenirs de lecture non seulement à travers les extraits empruntés à l’œuvre, mais aussi grâce aux accessoires utilisés sur scène : le travail de remémoration provoqué par le spectacle remodèle dans le même temps ces mêmes souvenirs en les recontextualisant dans une pratique scénique tout aussi évanescente que la lecture et en suscitant de nouvelles émotions dans une intimité étroite de chaque spectateur avec lui-même. Les émotions ainsi renouvelées affectent celui-ci dans son rapport sensible à l’œuvre de Proust en allant parfois jusqu’à remuer subrepticement les sensations et sentiments de son propre vécu  conceptualisés dans le récit porté par David Legras.
« Un spectacle où les images du souvenir, « arbitraires », pour reprendre le mot de Marcel Proust, se réunissent selon la logique d’un puzzle merveilleux. Elles composent une atmosphère et s’emploient à expliciter une démarche, celle qui consiste à obtenir, par le mécanisme de la mémoire, un peu de “temps à l’état pur” ».
Virgil Tanase, Note d’intention
 
      Le discours sur les processus de remémoration se mêlent comme par accident à des épisodes épiques tirés de La Recherche, à commencer par le séjour de Combray chez la grand-mère en passant par Paris, Balbec ou Venise. Ce faisant, le Marcel de David Legras évoque plusieurs personnages significatifs dont on espère entendre parler : la mère, la tante Léonie, Gilberte ou Albertine, la duchesse de Guermantes et son époux Bazin, Robert de Saint-Loup, Bergotte, mais aussi et surtout la grand-mère dont la disparation sensible est relatée dans Sodome et Gomorrhe. Les mouvements lents, parfois hésitants, de David Legras, ses regards tournés comme dans le vide, sa voix posée, sa posture songeuse d’un voyageur dans le temps, nous transposent dans leur intimité romanesque avec un profond sentiment de nostalgie.
Une scénographie sobre, contrairement à l’abondance inépuisable des images fleuries et de menus détails fournis par l’œuvre de Proust dans l’élaboration conceptuelle de son univers romanesque, est amplement mise au service du parcours retenu de Marcel. David Legras pénètre, au lever du rideau, dans une pièce plongée dans la pénombre, les meubles recouverts de tissus blancs pour être protégés contre l’usure du temps. C’est ainsi qu’il introduit le spectateur dans la fameuse chambre du début du Côté de chez Swann où Marcel se met à parler de ses insomnies, chambre que décrit en l’occurrence le Marcel de David Legras avec une voix feutrée avant d’en dévoiler les décors qui lui rappellent certains moments de son passé. Cette trouvaille repose sur une démarche symbolique fondée aussi bien sur la métaphore du temps sur fond d’un récit rétrospectif que sur celle des fouilles dans les replis de la mémoire ranimée par la présence de certains objets à la manière de la célèbre madeleine : un bouquet de fleurs, un téléphone à cadran, un miroir ou un phonographe, tous ces objets sont porteurs d’un passé révolu qui ne cesse d’irradier nostalgiquement le présent de Marcel.
Un bagage à la main comme pour mettre l’accent sur son pèlerinage dans le temps et dans l’œuvre de Proust, David Legras paraît sur scène en habits blancs confectionnés avec une élégance d’antan, en harmonie avec nos représentations suaves de la Belle-Époque sublimée dans des images empreintes d’une joliesse raffinée. Tel un dandy sorti du salon de la duchesse de Guermantes, il condense dans son apparence éblouissante tous ces clichés gracieux sur le beau monde exposés dans Le Côté de Guermantes. Son costume contraste ainsi délicatement avec la sobriété expressive de la scénographie tout en s’inscrivant dans l’époque que celle-ci symbolique à travers le mobilier et les accessoires choisis. Il construit par-là une image scénique très forte en concurrence avec notre propre représentation mentale du personnage-narrateur parvenu à l’âge mûr, celui de la naissance de l’écrivain du Temps retrouvé, identifiable à l’auteur lui-même. La finesse avec laquelle David Legras revêt le costume de Marcel suscite cependant l’adhésion complète d’un spectateur séduit par sa prestance distinguée.
      À La Recherche du Temps Perdu montée par Virgil Tanase se joue ainsi par intermittence depuis vingt ans avec le même succès qu’à sa création et ce, dans l’intimité chaleureuse de la salle du théâtre de la Contrescarpe. Cette chaleur naît en l’occurrence dans le frottement produit par une interaction envoûtante entre une mise en scène raffinée et une attente savoureusement satisfaite.

 

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Jubilatoire. L’évidence gourmande et sensuelle d’une prose. Cette invitation séduit...

La quintessence, très subjective signée par le metteur en scène Virgil Tanase, de La Recherche du temps perdu est scandée par la diction gourmande et la présence physique très maitrisées de David Legras. Cette invitation séduit autant ceux que la fresque mémorielle de plus de 3000... Lire plus

La quintessence, très subjective signée par le metteur en scène Virgil Tanase, de La Recherche du temps perdu est scandée par la diction gourmande et la présence physique très maitrisées de David Legras. Cette invitation séduit autant ceux que la fresque mémorielle de plus de 3000 pages rebute, que ceux qui se targuent de la relire régulièrement. Elle réussit à transmettre l’essentiel, la force de l’art, revendiquée comme par la pratique unique « de contraindre l’émotion à se plier aux règles de l’esprit ». Jubilatoire.

 

L’évidence gourmande et sensuelle d’une prose
La diction et la présence physique de David Legras portent avec gourmandise cette Recherche.

N’ayez pas peur ! Le défi est immense, presque vertigineux. Il est largement relevé. Pour tout public. Avec une très grande économie de moyens – pour mieux concentrer le spectateur sur la fascinante prose proustienne – l’adaptation et le mise en scène de Virgil Tanase l’entraine dans le pli du verbe – grâce au jeu de David Legras – bien au-delà des questions esthétiques et cognitives qu’elle embrasse. « Longtemps, je me suis couché de bonne heure », le fameux incipit de À la recherche du temps perdu fait du rituel du coucher – cette douloureuse séparation qui prive le narrateur de sa mère le temps du sommeil – la dynamique créative d’une œuvre toute entière et un formidable attrait du théâtre où l’acteur nous entraine.

En moins de 75 minutes, toute la densité d’une prose unique – et son évidence sensuelle – jaillit en matière organique et mémorielle au fil des extraits habilement sertis et joués avec une gourmandise communicatrice ; épisodes et figures (Albertine, Combray, tante Léonie, …) les plus connus sont égrenés sans artifice. Les littéraires retrouvent leurs marques mémorielles de ce roman sans intrigue. Les autres y plongent bien guidés dans les mystères de l’esprit (via la mémoire) et de l’art (via un travail en action sélective). « Mon œuvre sera la création de la mémoire involontaire. » Loin de toute théorie, le spectacle nous entraine dans ce process de recherche de la vérité compliqué des sensations.

 

Éviter l’artifice du digest
L’économie de moyens de la mise en scène de Virgil Tanase favorise à partir de quelques objets les réminiscences chères au travail proustien.

Miracle d’un crissement d’un landau enfantin pour réveiller un souvenir, prose flottante pour associer les réminiscences, tout est signifiant dans la mise en scène, même si certains recours à des enregistrements font baisser le rythme merveilleusement incarné par l’acteur dandy. Habilement, Virgil Tanase évite cependant de tomber dans la tentation de l’(auto)biographie pour tirer par l’oreille le spectateur dans leur cœur génétique de la Recherche, et de le plonger dans la réalité éphémère de la mémoire. Ce puzzle de phrases – sans autre enjeu que son déroulement – constitue une merveilleuse introduction à l’ambition de Proust ; la perception de la réalité s’enrichit quand la conscience laisse la place aux lâchers prises mémoriels déclenchés par une émotion qu’il ne s’agit de ne pas perdre : “Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais, à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi.”. Cette capacité volontaire de remémoration involontaire devient au sens plein, le travail de l’art.

 

Une heure et quart d’introspection
David Legras ne ménage pas ni de sa présence, ni les effets de comédie pour permettre au spectateur de lâcher prise sur Proust.

Dans un effet immersif et en miroir, le spectateur se laisse entrainer par la cohérence du récit. Pour le faire vivre, pour faire partager la jouissance des phrases, et nous tenir en haleine dans cette quête mémorielle de plaisir évanoui, visant à libérer tous les freins de la conscience. La pièce et son acteur nous invitent dans cette relativité du temps proustien, dans un espace du théâtre qui n’est jamais tout à fait le passé ni tout à fait le présent, mais qui participe aux deux. Le verbe nous touche, parce que ce travail d’écriture devient par la grâce de l’acteur une musique vivante, ensorcelante .
Nous ne résistons pas à citer Proust dans le dernier tome de son œuvre, Le Temps retrouvé : « La grandeur de l’art véritable, c’est de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie. La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature . »

 

En ouvrant d’une manière aussi généreuse le paradoxe fertile du verbe et du conte, cette invitation à la Recherche s’impose comme une action d’intérêt général. et singulière.

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Théâtre au vent
Interprété avec ferveur par l’excellent comédien David LEGRAS, l’expérience vaut le détour.

« Enivrez-vous. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise nos épaules et nous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve ». Comment ne pas songer à cette exhortation inspirée de Baudelaire (le spleen de... Lire plus

« Enivrez-vous. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise nos épaules et nous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve ». Comment ne pas songer à cette exhortation inspirée de Baudelaire (le spleen de Paris) après avoir assisté au spectacle A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, mis en scène par Virgil TANASE et interprété avec ferveur par l’excellent comédien David LEGRAS.

Il semblerait que les deux artistes se soient mus en abeilles penchées sur quelques phrases proustiennes, quelques branches de fleurs, quelques grappes pour en extraire le suc et le meilleur, de nature à nous étourdir et satisfaire notre soif de curiosités. 
Élégant comme un dandy, vêtu d’un long manteau blanc, le comédien distille, enveloppe, la pensée proustienne d’une voix qui accentue son apparente préciosité mais soulève ses profondeurs. 
Proust n’aurait pour seuls guides que ses sens pour se retrouver. C’est un artiste qui revient toujours sur son motif. Grâce à lui, nous nous tâtons, nous nous pinçons pour éprouver cette malléabilité de l’environnement dans laquelle nous baignons corps et esprit confusément.
Si Proust peut donner l’impression de parler une langue étrangère, cela signifie-t-il que nous ayons perdu notre faculté d’émerveillement ? Nous ne sommes pas musiciens du silence, après tout, nous n’avons pas l’oreille absolue et nos sens ne sont pas si aiguisés !
Il y a des réjouissances à portée de main, à portée de notre respiration, nous enseigne Proust, à portée de notre sensibilité. 

N’est-elle point actuelle cette réflexion « L’oubli dont on commence à sentir la force parce qu’il détruit en cours le passé ».

 

Aujourd’hui dans le 5ème arrondissement de Paris, celui où se trouve le théâtre de la Contrescarpe, la librairie GIBERT Jeune, Place Saint Michel qui datait des années 30 vient de disparaitre au grand dam de tous ses amoureux qui ne cachent pas leur tristesse. Une page de plus est tournée mais comment se résigner à cet argument à savoir que nous sommes entrés dans l’ère de l‘image et du numérique.

 

Nous ne pouvons pas empêcher les pages de se tourner mais nous pouvons continuer à cultiver notre miel, celui de tous nos sens, toujours solidaires de Don Quichotte et ses moulins à vent !

 

Dans ce joli théâtre de la Contrescarpe, véritable petite ruche théâtrale, le spectacle A la recherche du temps perdu, nous invite à rencontrer Proust, un écrivain qui nous propulse hors du temps, n’est-il pas l’auteur de cette phrase : un fauteuil magique me fera voyager à toute vitesse dans le temps et dans l’espace. Était-il visionnaire ? 
Si le passé rentre dans l’invisible, cela signifie-t-il qu’il se soit effacé ? Que penserez-vous de ces meubles recouverts de housses comme des fantômes ambulants, de ce bizarre gramophone, de cette étrange poussette 1900 qui grince et avance sur la scène aussi hésitante ou timide que peut l’être une chose du passé, vivante, dans notre présent ? A qui attribuerez-vous les pensées que ces objets vous inspireront sinon à vous-mêmes ? 

L’expérience vaut le détour. Quand le passé fait bruire notre actualité ! 

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Une pièce tout en élégance et sensualité qui s’écoute autant qu’elle se voit.

Quand Virgil Tanasse s’intéresse à Marcel Proust, cela donne un spectacle d’une beauté et d’une élégance rares. « À la recherche du temps perdu » est une rêverie poétique et mélancolique sur le temps, les souvenirs et l’art. Le passage sur la... Lire plus

Quand Virgil Tanasse s’intéresse à Marcel Proust, cela donne un spectacle d’une beauté et d’une élégance rares. « À la recherche du temps perdu » est une rêverie poétique et mélancolique sur le temps, les souvenirs et l’art.

Le passage sur la Madeleine est un moment d’une beauté époustouflante, mais la magie opère, particulièrement, quand le thème de la création artistique est abordé.

Qu’est-ce qu’une œuvre d’art sinon cette façon de contraindre l’émotion à se plier aux règles de l’esprit ?

Le lien se resserre, alors entre l’œuvre magistrale de Proust et cet objet théâtral.
Théâtre littéraire, promenade de la pensée, parcours poétique, ce seul en scène est totalement inclassable et le poser, le temps d’un instant au Théâtre de la Contrescarpe, dans le quartier de La Sorbonne, est une très bonne idée.

Tout de blanc vêtu, le comédien David Legras nous fait une démonstration malicieuse de la pensée avec un texte dense et difficile et un travail sur le rythme, remarquable.

Que ce soit par son corps ou sa voix, les ruptures sont très belles. Parfois très immobile ou se déplaçant comme un chat, il nuance subtilement le ton et passe par un phrasé très posé à des envolés beaucoup plus aériennes.

« À la recherche du temps perdu » est une pièce tout en élégance et sensualité qui s’écoute autant qu’elle se voit. La beauté des mots associée à la mise en scène et la scénographie donne une sensation très particulière proche du rêve éveillé.

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David Legras, voyageant dans l’écriture de l’auteur, nous les restitue de façon remarquable.

Le goût particulièrement agréable des petites madeleines trempées dans du thé chez sa grand-tante Zélie à Coudray fait surgir chez Marcel Proust, une explosion de souvenirs. David Legras, voyageant dans l’écriture de l’auteur, nous les restitue de façon remarquable.... Lire plus

Le goût particulièrement agréable des petites madeleines trempées dans du thé chez sa grand-tante Zélie à Coudray fait surgir chez Marcel Proust, une explosion de souvenirs.

David Legras, voyageant dans l’écriture de l’auteur, nous les restitue de façon remarquable.
Il évoque, tout d’abord ,le souvenir de la chambre où il séjournait, au décor d’autrefois avec ses rideaux de mousseline et la lumière qui pénétrait par la fenêtre à travers les branches d’un aubépine.
Il pense ensuite à la disparition successive de sa grand-mère, de son père et de sa mère.
Une nuit de 1908, il a la révélation que grâce à l’écriture la mort de ces êtres chers ne les a pas tout à fait atteints.
Ensuite, le souvenir de son ami Abertine, lui rappelle que l’amour n’est pas comme l’écoulement de l’eau d’un long fleuve tranquille. Toute passion mène à l’échec.
Il n’existe pas d’amour heureux, car aimer revient à éprouver de la jalousie.
Le tableau du duc de Guermande lui rappelle qu’en politique la vérité n’existe pas, et, que les nationalismes mènent à la guerre…
Marcel Proust n’a pas de bons rapports avec la médecine mais les bienfaits apportés par l’évocation de tout ces souvenirs en fait un médecin de l’âme.

David Legras, très élégant, voyage dans l’univers de Proust et nous le restitue sous la forme de confidences.
Le public est captivé, et pense que Marcel Proust est à la recherche des paradis perdus car ce sont les vrais paradis !

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picto De la cour au jardin
Un bien beau moment de théâtre et de littérature, que cette heure et quart-là !

Allez chauffe, Marcel ! Marcel, il arrive côté jardin, dans un somptueux costume blanc cassé très début XXème siècle, grand manteau, trois-pièces assorti, feutre sur le chef et chaussures bicolores. Dans sa main droite, une petite valise verte. Comme une première impression de... Lire plus

Allez chauffe, Marcel !

Marcel, il arrive côté jardin, dans un somptueux costume blanc cassé très début XXème siècle, grand manteau, trois-pièces assorti, feutre sur le chef et chaussures bicolores.
Dans sa main droite, une petite valise verte.
Comme une première impression de remonter le temps.

Le temps…

Ce temps qui semble s’être arrêté dans cette chambre dont les meubles ont été recouverts de draps, afin de les protéger de la poussière de l’oubli.

Ce temps proustien que le metteur en scène Virgil Tanase et le comédien David Legras ont eu l’excellente idée voici quelques années déjà (le spectacle fut créé à Avignon en 2002), l’excellente idée de nous faire retrouver.

Les deux hommes ont donc décidé de nous proposer cette immersion dans la colossale œuvre de Proust, en sélectionnant d’une part des extraits qu’ils jugeaient essentiels, et en « passant au gueuloir » ces morceaux choisis. Une gageure totalement réussie.

Passer Proust à l’oralité ? Pas seulement.
Non content de mettre en voix le texte, il s’agit véritablement ici de “mettre en corps” tout ce que nous écrit et nous dit l’auteur, de rendre non seulement audible, mais également visible ce qui fait la spécificité de la langue de Proust.
Nous voici donc dans la chambre de Marcel.
Avec l’auteur et le comédien, nous allons nous souvenir. Nous allons nous approprier les mots, la mémoire, les images qui nous seront dits et montrés afin d’obtenir ces morceaux de « temps à l’état pur ».

David Legras va les dire ces mots, ces images mémorielles. Il va les jouer.
Et de quelle façon !

Il commence de façon assez lente, comme étonné de se retrouver dans cette chambre.
Grâce à sa diction précise, grâce aux mots qui semblent s’envoler, grâce à la gestuelle de son personnage de dandy, nous sommes vraiment plongés dans l’univers du grand Marcel.

La présence scénique de David Legras permet de rendre « palpable » le texte ô combien passionnant.

Nous ressentons ces souvenirs d’enfance et de jeunesse, nous voyons, nous avons le goût de la célèbre madeleine, nous voici face à la duchesse de Guermantes, à côté d’Albertine (quelle bonne idée que ce grand foulard couleur chair…), ou de Mme Swann, nous nous étonnons de la gravure du Prince Eugène, nous apercevons même Bénodet…

Le souvenir, la mémoire sont également mis en scène grâce au contenu de la petite valise verte qui se révèlera être beaucoup plus qu’une petite valise verte.

Le monde de l’enfance est symbolisé notamment par un petit landau, un jouet, dans lequel se trouve une poupée de chiffon.

Avec ce montage d’extraits plus ou moins connus, Virgil Tanase et David Legras nous rappellent et nous démontrent le caractère paradoxalement intemporel de l’œuvre de Proust.
Grâce à eux, Proust nous parle vraiment. Au sens propre comme au figuré.

Comme plusieurs familles hier soir, si vous voulez faire découvrir l’œuvre à des adolescents, emmenez-les donc au théâtre de la Contrescarpe.

Quant à moi, je n’avais qu’une envie en sortant de la salle : ouvrir les différents volumes de la Recherche afin de retrouver ce que j’avais vu et entendu.

Un bien beau moment de théâtre et de littérature, que cette heure et quart-là !

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Chaque description se goûte comme une madeleine...

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil... Lire plus

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait… Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, Première partie Combray.
Jamais les premières phrases de la Recherche, ses phrases de Marcel Proust n’auront paru si juste, lui l’insomniaque de Balbec, de Combray. Revenu aujourd’hui, en ces temps de couvre-feu imposé dans certaines villes de France depuis samedi 17 octobre 2020, à 0h, qu’en aurait-il pensé de ce temps maintenant suspendu ? Lui, l’insomniaque du boulevard Haussmann et de la rue Hamelin. Lui, dont le père, le professeur Adrien Proust fut chargé, en 1869, d’une mission officielle en Russie & en Perse en vue d’obtenir un cordon sanitaire pour protéger l’Europe du choléra ! Comment son père aurait-il “combattu” la pandémie mondiale de la Covid-19 ?

Vêtu de blanc, comme revenant d’une station balnéaire, mallette-gramophone à la main, Marcel Proust (1871 – 1922) entre dans ce lieu. Est-ce son appartement ? Les meubles sont recouverts de draps blancs, comme si le propriétaire était de nouveau là, après plusieurs semaines d’absence. Un retour vers le présent. Il lui suffira de les ôter pour qu’apparaissent une table, un lampadaire, une coiffeuse suspendue, une voiture d’enfant avec sa poupée, une chaise. Les souvenirs peuvent resurgir, le temps aussi. La Recherche va renaître en heure quinze. Au lieu de 64 jours de lecture, à raison de deux heures par jour si l’on en croit le site Proustonomic soit 128 heures (1).

Á partir de ce qui semble être la chambre de Combray du narrateur, d’où tout partit un soir, David Legras nous entraîne dans le resurgissement de l’enfance, d’Albertine, de noms de personnes rencontrées, du fatal petit pan de mur jaune… Des extraits de la mystérieuse beauté des phrases de Marcel dites d’une façon lente, très lente, dans des instants où chaque description se goûte comme une madeleine. Avec délectation pour ce choix d’extraits intemporels choisis par Virgil Tanase.

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David Legras nous entraine dans la beauté du texte et sublime ces phrases...

Dans un enchaînement judicieux de passages choisis, David Legras nous invite à une promenade dans l’œuvre de Marcel Proust.  En sa compagnie, nous partons pour un voyage littéraire, A la recherche du temps perdu. À travers le fil conducteur du souvenir, thème central de... Lire plus

Dans un enchaînement judicieux de passages choisis, David Legras nous invite à une promenade dans l’œuvre de Marcel Proust. 
En sa compagnie, nous partons pour un voyage littéraire, A la recherche du temps perdu.

À travers le fil conducteur du souvenir, thème central de l’œuvre, David Legras nous guide et nous aide à suivre le narrateur en regardant non pas avec les yeux mais avec la mémoire.

L’enchaînement et les coupes choisies vont à l’essentiel de la Recherche et réussissent à extraire la plus pure essence du texte.
Les chambres dans lesquelles s’est endormi le narrateur, la madeleine de tante Léonie, les yeux fiévreux d’Albertine ou le malaise de Bergotte, chacun des passages de l’œuvre trouve ici naturellement sa place.

La diction et la gestuelle permettent de dépasser la simple lecture pour retrouver le plaisir d’une théâtralité qui crée un véritable échange avec le public. 
La mise en scène évoque toute la particularité de l’écriture de Proust centrée sur le détail.
Les meubles drapés de tissus trônent sur la scène tels des fantômes du passé. David Legras, élégant, vêtu d’un costume banc d’époque est entouré de ces objets d’un autre temps qu’il découvre et à qui il redonne vie.
L’adaptation éclaire tous les détails qui naissent de l’imagination fertile du narrateur, cette force narrative qui fait que les objets prennent vie et deviennent une figure amicale et réconfortante. 

Proust est sans cesse à la recherche d’une sensation éprouvée. David Legras et Virgil Tanase saisissent toute l’importance de cet anachronisme, ce décalage émotionnel entre les faits et leur ressenti.
La vivacité du souvenir nait d’une émotion, une émotion qui renait à travers ces extraits choisis qui s’entrelacent et s’articulent avec une cohérence qui éclaire l’œuvre de Marcel Proust.

David Legras nous entraine dans la beauté du texte et sublime ces phrases complexes chargées d’émotion et de poésie. Théâtre et littérature s’harmonisent et bercent nos retrouvailles avec la délicatesse de l’écriture proustienne.

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Une remarquable prestation qui sort judicieusement des sentiers battus.

Seul en scène d'après l'oeuve éponyme de Marcel Proust interprété par David Legras dans une mise en scène de Virgil Tanase. De la lecture ("Ecouter Marcel Proust") à la variation warlijowskienne ("Les Français") en passant par la causerie théâtralisée ("Proust en... Lire plus

Seul en scène d'après l'oeuve éponyme de Marcel Proust interprété par David Legras dans une mise en scène de Virgil Tanase.
De la lecture ("Ecouter Marcel Proust") à la variation warlijowskienne ("Les Français") en passant par la causerie théâtralisée ("Proust en clair), "A la recherche du temps perdu" de Marcel Proust, oeuvre-monde, à la fois monument littéraire, mausolée d'une société disparue et réflexion sur le temps, est régulièrement portée sur scène.
Indiquant dans sa note d'intention l'envie de prolonger son plaisir de la lecture de cette oeuvre et le faire partager au public, et avec la complicité efficace de Virgile Tanase à la mise en scène, le comédien David Legra a développé une partition à la forme singulière à plus d'un titre.
En effet, pour théâtraliser cette machine à remonter le temps et à créer, par le processus de la mémoire, un présent éternel à partir d'un passé enfui matérialisé dans une oeuvre d'art, il a composé un puzzle subtil d'extraits, brefs ou longs, recomposés qui n'évoquent que de manière presque incidente certains épisodes inscrits dans l'inconscient collectif tels, entre autres, la fameuse madeleine de Tante Léonie et le coucher à Combray.
Ensuite, il s'est affranchi de la déférence rigide dévolue aux chefs-d'oeuvre et à une prose mythique dont l'oralisation dans le cadre de la théâtralisation implique l'interprétation par l'acteur usant de toute la technique vocale du comédien pour, en l'espèce, traduire en rythmes les multiples ponctuations qui maintiennent l'écriture proustienne. une écriture funambule, et soutenir, comme en musique, son expressivité.
Ainsi, en adresse au public, du grave au facétieux, en jouant les mots à l'envi et osant la fantaisie, voire l'humour avec de malicieux clins d'oeil et d'inattendus inserts, David Legras endosse le personnage du narrateur autofictionnel dans sa quête du temps retrouvé.
Celui d'un voyageur dandy de blanc vêtu apparaissant, au sens premier du terme, tel un fantôme, dans un pièce aux meubles houssés du voile de l'oubli qui se révèle sinon familière du moins suggestive d'un lieu ressortant à un espace mental pour un voyage auquel il convie le spectateur.
Et il dispense une remarquable prestation qui, n'en déplaise aux pseudo-puristes proustiens, sort judicieusement des sentiers battus.

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Belle et saisissante plongée dans une écriture !

Critiques / Théâtre A la recherche du temps perdu de Marcel Proust par Gilles Costaz Le tournoiement de la mémoire Proust au théâtre. C’est une transposition bien périlleuse que quelques aventuriers tentent de faire régulièrement. En général, le parti pris... Lire plus

Critiques / Théâtre
A la recherche du temps perdu de Marcel Proust
par Gilles Costaz
Le tournoiement de la mémoire

Proust au théâtre. C’est une transposition bien périlleuse que quelques aventuriers tentent de faire régulièrement. En général, le parti pris n’est pas celui de la grande reconstitution d’une société mondaine, comme le cinéma a pu le faire à plusieurs reprises, mais celui de la miniature où l’évocation passe d’abord par la diction du texte et par la mise en place d’une atmosphère. Le spectacle réglé par Virgil Tanase – grand écrivain qui n’a jamais rompu avec son goût du théâtre et de la mise en scène – se place dans cette continuité. C’est un moment à une voix, à un acteur. Le décor est 1900, rétro, nostalgique. Mais les éléments – un miroir, un fauteuil, un gramophone (qui fonctionne) – se détachent de l’obscurité. Ils semblent à peine posés, comme cette écharpe blanche que l’acteur va suspendre en entrant en scène. 
Tout est centré sur le souvenir. Le choix de textes comprend bien entendu le passage sur l’émotion déclenchée par la mastication d’une madeleine mais, dans un montage subtil qui tourne comme une valse, fait se succéder d’autres pages hantées par la mémoire, l’attente du baiser quotidien de la mère et bien d’autres… C’est un calme et pourtant brûlant tournoiement.
David Gras est tout de blanc vêtu. L’acteur traduit ainsi un homme de la bonne société, soucieux de son élégance, mais pris dans la mélancolie, par sa quête lancinante du « temps perdu ». Il ne reste pas dans l’immobilité – comme on joue généralement Proust -, il a les gestes d’une personne qui veut s’expliquer et même convaincre, d’une façon un peu désespérée. La voix est tendre, mais ferme. Les émotions sont là mais non libérées, non transparentes. Nouées au contraire. C’est une courte, belle et saisissante plongée dans une écriture, un temps et une âme heureuse de sa nostalgie.

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Des mots pour vous dire
David Legras sert avec justesse et une sacrée mémoire ces très beaux textes.

Trois grands draps blancs recouvrent le mobilier.
Sous une lumière tamisée qui rend immaculé et rutilant son costume trois-pièces, David Legras surgit du passé, une valise noire à la main que l’on devine pleine de souvenirs. Le regard accrocheur, il balaie la salle, retire doucement... Lire plus

Trois grands draps blancs recouvrent le mobilier.
Sous une lumière tamisée qui rend immaculé et rutilant son costume trois-pièces, David Legras surgit du passé, une valise noire à la main que l’on devine pleine de souvenirs.

Le regard accrocheur, il balaie la salle, retire doucement redingote et chapeau, et par la bouche de Proust nous transporte au temps jadis, dans la mémoire de l’écrivain.

Là resurgissent son amour pour Albertine, la maison de Combray, la mort de sa grand-mère, sa fascination pour la duchesse de Guermantes, sa sensation extatique pour la fameuse madeleine trempée dans une tasse de thé servie par sa tante Léonie. Mais aussi, dans une introspection profonde, toutes les petites émotions de son enfance qui restituées au présent – et sous l’analyse nécessaire de l’art, chère à Proust – les rendent immortelles.

Immortelles aussi les métaphores poétiques de cette œuvre colossale constituée de sept tomes et qui résonnent par extraits choisis dans la salle de La Contrescarpe.

Le grésillement d’un phonographe, le crissement d’un landeau qui se déplace comme par magie sur scène, une coiffeuse et un vieux lampadaire rappellent le XIXe siècle.
Écharpe et pot de fleurs donnent vie aux états d’âme de Marcel entre les mains de David Legras qui, sert avec justesse et une sacrée mémoire ces très beaux textes.

Carole Rampal

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Un bien beau moment à conseiller vivement...

Virgil Tanase, romancier et dramaturge d’origine roumaine, est bien connu du public français. Installé sur notre territoire depuis 1977, il a réalisé depuis cette date nombre d’adaptations théâtrales d’inspirations très diverses. C‘est un court texte d’André... Lire plus

Virgil Tanase, romancier et dramaturge d’origine roumaine, est bien connu du public français. Installé sur notre territoire depuis 1977, il a réalisé depuis cette date nombre d’adaptations théâtrales d’inspirations très diverses.
C‘est un court texte d’André Gide sur l’œuvre de Marcel Proust qui déclencha en lui cette envie d’un nouveau spectacle.

A partir d’extraits soigneusement choisis des divers tomes de « A la Recherche », Tanase analyse le subtil processus de souvenir inconscient indissociable, selon lui, de l’acte de création artistique.

Dans les passages proposés on retrouve bien sûr les grands classiques, de l’église de Combray à la petite madeleine trempée dans le thé. Et puis d’autres, moins connus, qu’on vous laisse identifier.

Des noms évocateurs surgissent du passé, celui de la Duchesse de Guermantes, ceux de Bergotte et de Saint Lou et aussi des prénoms qui nous sont familiers, Albertine et Gilberte, par exemple.

C’est à David Legras qu’incombe la tâche délicate d’incarner le narrateur. Nous l’avions découvert dans une adaptation du « Petit Prince » de Saint-Exupéry au théâtre de la Pépinière il y a une dizaine d’années.

Tout de blanc vêtu de la tête aux pieds, avec un élégant chapeau, il est l’incarnation parfaite du sublime Marcel. Pendant une heure un quart il nous susurre sur le ton de la confidence, parfois gourmand, amusé ou surpris, les phrases choisies par le metteur en scène. Le tempo est lent, régulier puis soudain accéléré, comme dans une sonate au piano.

Quelques meubles, d’abord cachés par des draps blancs, constituent le premier décor. Un guéridon, une chaise et une commode, objets familiers anciens d’une maison de campagne que l’on ferme après l’été et que l’on retrouve à la saison suivante.

D’autres accessoires font petit à petit leur apparition sur la scène de manière originale, tels une poussette grinçante ou un chapeau d’Albertine. La parole de l’acteur est quelquefois relayée par un gramophone qui délivre le texte derrière un délicieux grésillement.

Un bien beau moment à conseiller vivement à tous ceux qui aiment être bercés par la magie des mots et la réminiscence des souvenirs qu’on croyait perdus à jamais.

«Proust est quelqu’un dont le regard est infiniment plus subtil et attentif que le nôtre, et qui nous prête ce regard tout le temps que nous le lisons. Et comme les choses qu’il regarde sont les plus naturelles du monde, il nous semble sans cesse, en le lisant, que c’est en nous qu’il nous permet de voir ; par lui tout le confus de notre être sort du chaos, prend conscience et « nous nous imaginons » avoir éprouvés nous-mêmes ce détail, nous le reconnaissons, l’adoptons, et c’est notre passé que ce foisonnement vient enrichir » disait André́ Gide.

Alex Kiev

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A voir à lire
Il y a en effet de quoi être impressionné par l’interprétation de David Legras !

Réuni au sein de la petite salle du Théâtre de la Contrescarpe, le public, souvent épris de l’œuvre de l’auteur mis en scène, découvre avec surprise, parfois même avec interrogation, un spectacle captivant, toujours sur le fil. Notre avis : Proust est l’auteur qui,... Lire plus

Réuni au sein de la petite salle du Théâtre de la Contrescarpe, le public, souvent épris de l’œuvre de l’auteur mis en scène, découvre avec surprise, parfois même avec interrogation, un spectacle captivant, toujours sur le fil.
Notre avis : Proust est l’auteur qui, souvent, fait l’unanimité au sein des adeptes de littérature. Il est certain cependant que l’écriture de ce dernier peut dérouter, par son caractère fortement descriptif, introspectif, patient. Pour réussir à lire Proust, il faut du temps, il faut aussi avoir vécu. Sinon, la magie n’opère sûrement pas pleinement.
On mesure alors le défi du comédien, David Legras, et de son metteur en scène, Virgil Tanase, pour rendre la Recherche accessible. Car c’est bien le texte de Proust que le spectateur écoute, attentivement, durant cette heure de réflexion. Réflexion sur l’oubli, sur le souvenir, sur l’être.
Il y a en effet de quoi être impressionné par l’interprétation de David Legras, totalement habité par ce texte, par ses circonvolutions, par sa musicalité, qu’il nous transmet merveilleusement. Mais il fut étonnant, en tant que spectateur, de ressentir parfois l’envie de retrouver ces mots seul, à côté d’une lampe de chevet, de se les dire à soi, dans sa tête. Le texte de Proust a cette particularité qu’il ne se donne pas facilement. Et si le comédien réussit brillamment à adapter son phrasé à la complexité du propos, le désir de le faire sien est plus grand que celui de se le faire conter.
Tout n’est qu’une question de goût finalement, car ce seul-en-scène aiguise toutes les subjectivités. Qui ne s’est pas en effet, un jour, repassé le film de sa vie en retrouvant sa chambre d’adolescent ? Son odeur, sa lumière, ses bibelots. Pour qui aime à se laisser aller à des pensées, sans pour autant s’y perdre, pour qui a le goût du questionnement, de la démesure et de l’absolu dans la quête de sens, cette pièce résonnera très certainement en lui.
Mais il fut par la même amusant de ressentir davantage l’envie de se replonger dans les pages de Proust, plutôt que de se projeter dans l’imaginaire du comédien. La Recherche a cette magie, cette plénitude, qui fera d’elle le roman de chacun.
En tout cas, ce spectacle démontre que l’amour des artistes pour cette œuvre est bien palpable.

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David Legras est fascinant, magistral !

D’emblée c’est beau, blanc sur noir. Atmosphère, ombre et lumière… Des draps blancs recouvrant des meubles, et déjà prend vie une maison prometteuse d’histoires, dans laquelle pénètre lentement un homme très élégant, tout de blanc immaculé... Lire plus

D’emblée c’est beau, blanc sur noir. Atmosphère, ombre et lumière… Des draps blancs recouvrant des meubles, et déjà prend vie une maison prometteuse d’histoires, dans laquelle pénètre lentement un homme très élégant, tout de blanc immaculé vêtu, entre deux âges. Ses mains s’emploient à interroger l’espace en le/se découvrant au fur et à mesure… Son regard hypnotique invite à une intimité étrangement pudique. Il raconte, partage des fragments de son passé. Avec une fébrilité maîtrisée, de sa voix modulable, il décortique les mots qui décortiquent les moments choisis, de manière à ce qu’ils paraissent tangibles pour/par tous les sens. L’éphémère devient universel, le banal se revêtit d’une importance capitale. L’homme qui parle au passé, par sa présence, est une évidence, apaisante et troublante à la fois. Il semble chercher sans réellement en avoir besoin, sauf peut-être pour se rassurer enfin de ne pas l’avoir perdu… tout ce temps.

Seul en scène, David Legras est fascinant, magistral dans son art de jongler avec le rythme et les intonations, la précision, l’émotion. Il sert avec panache et justesse le magnifique texte proustien.

Quant à la mise en scène, elle est surprenante, esthétique, épurée et inventive à la fois : Virgil Tanase l’a forgée à la hauteur de son talent et de son imagination. Et nul doute, ce grand Monsieur est un magicien espiègle qui aime transporter les spectateurs dans son univers particulier, où derrière le moindre détail scénique se cache un symbolisme inattendu. À vous/nous de trouver !

Certains, comme Gide, aiment Proust. Les autres le (re)découvrent grâce à cette pièce qui lui rend si majestueusement hommage.

Luana Kim

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Les réminiscences s’entremêlent et donnent la vie à ce très beau “À la recherche du temps perdu”

“Il faut du cran pour se risquer à pénétrer dans le temple de Proust. Le parfum de ses réminiscences échappe à nombre de flacons… Alors, une heure et quart de recherche. Il s’agit de faire jaillir le passé dans le présent ; de réitérer une sensation pour lui faire dire ce qu’elle renferme de souvenirs. Le... Lire plus

“Il faut du cran pour se risquer à pénétrer dans le temple de Proust. Le parfum de ses réminiscences échappe à nombre de flacons… Alors, une heure et quart de recherche. Il s’agit de faire jaillir le passé dans le présent ; de réitérer une sensation pour lui faire dire ce qu’elle renferme de souvenirs. Le désir de Proust – retrouver par les mots un plaisir évanoui – est atteint grâce à un processus mental minutieux, auquel le spectateur assiste, en même temps qu’il se délecte de la magie poétique des images. David Legras apparaît là comme un « voyant ». Il transmet cette « fièvre de la recherche » au pays de la mémoire, avec une flamme particulièrement captivante. Il voyage dans l’écriture de Proust, en nous la restituant fluide, voluptueuse et enivrante. Les moments choisis, dont fait partie le passage de la mythique madeleine «imbibée de thé», l’amour exaltée envers l’étrange, l’ambigüe Albertine, s’incarne dans les quelques accessoires présents sur la scène. Un phono, du vieil or, des fleurs, une poupée, un simple grincement : tout nous propulse dans cette galerie de miroirs, où les émotions enfouies se conjuguent et se reflètent encore une fois, au creux des phrases complexes et infiniment extatiques de Proust. Les réminiscences s’entremêlent et donnent la vie à ce très beau “A la recherche du temps perdu”, sous le pinceau d’un Virgil Tanase, au meilleur de sa forme.”

 

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Des tonalités cristallines pour une symphonie romanesque.

Des tonalités cristallines pour une symphonie romanesque “À la recherche du temps perdu de Marcel Proust rivalise avec l’ambition des cathédrales et des symphonies. Virgil Tanase met en scène cette balade du souvenir aux couleurs sépia, trempées des rayons réfractés de la vie passée. Des occasions... Lire plus

Des tonalités cristallines pour une symphonie romanesque
“À la recherche du temps perdu de Marcel Proust rivalise avec l’ambition des cathédrales et des symphonies. Virgil Tanase met en scène cette balade du souvenir aux couleurs sépia, trempées des rayons réfractés de la vie passée. Des occasions d’éblouissements pour des intuitions que l’on croyait perdues, avec la sérénité et l’inquiétude contrôlée de David Legras, le flâneur dont les pensées et les mouvements mènent à des relais obligés du cycle proustien. L’écriture, produite dans une chambre tapissée de liège, ne saurait oublier toutes les alcôves protectrices de l’enfance, entre rideaux de mousseline à la blancheur d’aubépines chez les grands-parents à Combray, et l’odeur de renfermé que distillent des brindilles de bois sur le sol, un morceau de temps retrouvé: « Longtemps, je me suis couché de bonne heure… ». Surgit soudainement à la mémoire la disparition signifiante de la grand-mère, l’instant où le garçon prend conscience qu’il ne la reverra plus, tout en chaussant ses bottines.
Miracle d’un crissement qui laisse affleurer les jours anciens
Au rendez-vous, la fameuse madeleine, moment inattendu d’une félicité goutée à nouveau, à l’instant même où les «miettes du gâteau » imbibées de thé touchent le palais. Voilà l’envahissement d’un « plaisir délicieux » dont l’adulte ne peut saisir la cause, une simple offrande dominicale de la tante Léonie à l’enfant qu’il était. Quand au sentiment de l’amour, il s’impose à travers le portrait d’Albertine, l’adolescente si changeante rencontrée pendant la villégiature normande. Le spectacle donne la mesure des trésors poétiques de l”A la recherche du temps perdu” à l’aide d’images scéniques réinventées, non pas par le déséquilibre attendu des « deux dalles inégales du baptistère de Saint-Marc », mais grâce à une voiture enfantine du siècle dernier avec un guignol de poupées. Miracle d’un crissement de métal pleurant qui laisse affleurer les jours anciens.”

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A voir à lire
La présence scénique humanise tout en sobriété cette écriture géniale.

Une gageure que de mettre sur les planches “À la recherche du temps perdu”. Virgil Tanase s’y essaie pourtant et parvient à nous faire entrer dans le monde de Marcel Proust par une petite porte tout en finesse. Des morceaux choisis, des phrases, des moments de texte qui évitent l’écueil des raccourcis. Sur scène,... Lire plus

Une gageure que de mettre sur les planches “À la recherche du temps perdu”. Virgil Tanase s’y essaie pourtant et parvient à nous faire entrer dans le monde de Marcel Proust par une petite porte tout en finesse. Des morceaux choisis, des phrases, des moments de texte qui évitent l’écueil des raccourcis. Sur scène, quelques-unes des thématiques fortes du roman : la réminiscence et le souvenir chers à l’auteur, entre autre. Et David Legras, seul sur le plateau, nous fait partager intelligemment la phrase proustienne, dont la structure complexe se déroule avec jouissance, servie par la clarté de la diction et l’expressivité du comédien. La présence scénique humanise tout en sobriété cette écriture géniale. Sans l’appauvrir.
L’on écoute comme une évidence ce soliloque oiseux, cette introspection qui, au sens propre, nous parle. Les quelques accessoires suggèrent l’incarnation des figures chéries. Ils rythment les moments du texte soutenant l’attention de l’auditoire, servant d’allégories à tous les personnages et notions présents fantomatiquement. En une heure et quart, le spectateur perçoit les plus minuscules détails qui peuplent la vie de l’enfant jusqu’à ceux qui obnubilent l’homme d’âge mûr. Une description de chambre, une évocation de femme ou une peinture de comparses vieillissants.
Combray, Albertine, Swan, vous n’aurez qu’une hâte au terme du spectacle : les retrouver, (r)ouvrir l’un des tomes, au hasard et ressentir à nouveau ce que vous avez éprouvé à la lecture d’un Proust, jadis”

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Cette adaptation se caractérise par son éclatante cohérence !

“Une valise à la main, tout de blanc vêtu, l’homme avance lentement sur scène. Bientôt, les mots de Proust s’élèvent dans leur troublante et mystérieuse beauté. Réalisée à partir d’extraits plus ou moins connus de “À la recherche du temps perdu”, cette adaptation se caractérise par son... Lire plus

“Une valise à la main, tout de blanc vêtu, l’homme avance lentement sur scène. Bientôt, les mots de Proust s’élèvent dans leur troublante et mystérieuse beauté. Réalisée à partir d’extraits plus ou moins connus de “À la recherche du temps perdu”, cette adaptation se caractérise par son éclatante cohérence. Une même évidence qui se retrouve dans la mise en scène où le moindre objet a sa justification, le moindre silence sa raison d’être. Une réussite parachevée par l’interprétation envoûtante de David Legras, qui nous emmène sur le chemin sinueux des souvenirs à la rencontre de la duchesse de Guermantes ou d’Albertine. Un plaisir rare au goût aussi savoureux que celui d’une petite madeleine.”

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Les avis des spectateurs sur À la recherche du temps perdu de Marcel Proust

Camille
Camille - membre depuis 1  mois 5
Un spectacle d’une immense poésie, qui nous embarque dans la pensée de Proust, et éclaire sa réflexion. C’est touchant, très bien joué par un comédien virtuose et drôle aussi. Bravo !

Calendrier et tarifs - À la recherche du temps perdu de Marcel Proust

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  • Jeune -26 ans 10 € tarif au guichet uniquement et dans la limite des places disponibles
  • Chômeur 18 €

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