Le théâtre est ce lieu rare où les mots prennent chair, où les silences résonnent et où nos émotions trouvent un écho collectif. Il est miroir de nos fragilités, de nos élans, de nos révoltes et de nos rêves. À chaque lever de rideau, c’est une promesse : celle d’être surpris, bousculé, émerveillé, ensemble.
« L'ECOLE DE FEMMES » à l'Artistic Théâtre : Agnès ou l’éveil d’une conscience
Dans sa nouvelle mise en scène, Frédérique LAZARINI propose une lecture à la fois limpide et intensément contemporaine du chef-d’œuvre de MOLIÈRE, « L’École des femmes ».

Tout se joue en une journée, dans la demeure d’Arnolphe, où le tuteur jaloux croit pouvoir sceller son emprise en épousant Agnès, élevée dès l’enfance dans l’ignorance et la claustration.
Mais, derrière les parois de verre de cette chambre d’enfant devenue prison, quelque chose se fissure. Depuis son balcon, Agnès découvre le monde… et l’amour. Sous l’étoffe fragile de son innocence, la métamorphose s’opère : la pupille docile devient jeune femme, prête à choisir, à désobéir, à exister.
Portée par Cédric COLAS, Sara MONTPETIT, Hugo GIVORT, Emmanuelle GALABRU, Alain CERRER et Guillaume VEYRE, la distribution s’inscrit dans une scénographie épurée et visuelle signée François CABANAT, où lumières, musique et vidéo composent un écrin organique et vibrant.
Frédérique LAZARINI poursuit ainsi son hommage aux héroïnes qui s’affranchissent et interroge, à travers Agnès, notre rapport à la domination, à l’éducation et au libre arbitre. Car si les alexandrins résonnent avec grâce, ils frappent aussi avec une modernité troublante : ici, l’amour et le rire ne sont jamais sans cruauté.
« Nuit d’ivresse » : une rencontre explosive
Pièce culte signée Josiane BALASKO, « Nuit d’ivresse » revient sur scène au Théâtre de la Madeleine dans une mise en scène de Philippe LELLOUCHE, qui en propose une lecture rythmée et résolument actuelle.
Dans un bar de la gare Saint-Lazare, Jacques Belin, animateur vedette d’un jeu télévisé, noie sa solitude lorsqu’il croise Simone, tout juste sortie de prison. Tout les oppose : la notoriété face à l’anonymat, les apparences face aux fêlures. De cette rencontre improbable naît une nuit aussi arrosée qu’inoubliable.
Face à Philippe LELLOUCHE et Ian FÉNELON, Catherine JACOB réinvente Simone avec finesse. Exit la caricature : place à une femme plus ironique, plus nuancée, dont la liberté s’accompagne de fragilités affleurantes. Derrière les saillies mordantes surgissent regrets et désir d’un autre destin.
Une reprise attendue qui redonne toute sa saveur à cette comédie douce-amère, où le rire révèle, sans jamais juger, la solitude de deux êtres que tout semblait séparer.
« Louisa & Les 4 Filles March » : portrait d’une rebelle inspirante
Au Théâtre du Funambule Montmartre, « Louisa & Les 4 Filles March » tisse un dialogue entre le roman culte « Les Quatre Filles du docteur March » et la vie hors norme de son autrice, Louisa May ALCOTT.

Signée et mise en scène par Lydie MISIEK et Charlotte NOIRY, cette création originale éclaire la femme derrière l’œuvre : institutrice, infirmière pendant la guerre de Sécession, militante abolitionniste et figure précoce de l’émancipation féminine.
Sur scène, cinq artistes (dont une pianiste live) incarnent cette fresque théâtrale et musicale où l’émotion dialogue avec l’Histoire.
À travers le destin de Louisa, c’est toute une génération de femmes en quête de liberté qui s’esquisse. Inspirant, accessible et résolument moderne, le spectacle célèbre l’héroïne de plusieurs générations et rappelle combien la littérature peut naître du courage et de l’engagement.
« Crime et Châtiment » : plongée musicale dans la conscience d’un meurtrier
Au Théâtre de La Huchette, « Crime et Châtiment », le chef-d’œuvre de Fiodor DOSTOÏEVSKI se réinvente en une adaptation musicale audacieuse mise en scène par Dominique SCHEER.

Ici, le public connaît d’emblée le coupable : Rodion Raskolnikov, jeune étudiant de 23 ans, et sa victime, l’usurière Alena Ivanovna. Mais l’essentiel n’est pas le crime… c’est le vertige intérieur qui le suit.
Porté par trois comédiens-chanteurs (Jérémy PETIT, Milena MARINELLI, Adrien BIRY-VICENTE) sur des musiques originales de François PEYRONY, ce théâtre musical explore la mécanique de la culpabilité et les méandres d’une conscience tourmentée.
Aux côtés du commissaire Porphyre, le spectateur pénètre l’esprit d’un homme persuadé d’agir au nom d’une théorie… avant d’être rattrapé par ses propres failles.
Un drame à suspense intense, où la musique amplifie la tension psychologique et donne une résonance contemporaine à cette descente dans l’âme humaine.
« Je suis né à 17 ans » : Résilience en pleine lumière
Après son succès au théâtre l’Oriflamme durant le festival Off d’Avignon 2025, Thierry BECCARO revient au Studio des Champs-Élysées, avec son seul-en-scène, « Je suis né à 17 ans », d’une sincérité bouleversante, adapté de son autobiographie coécrite avec Jean-Philippe ZAPPA et publiée chez Éditions Plon.

Dans ce récit intime, l’animateur et comédien revisite son enfance marquée par la violence d’un père perdu dans ses démons, mais également par la douceur des souvenirs lumineux : une fête foraine, un jardin baigné de soleil, l’Italie en toile de fond.
Sur un plateau épuré, porté par une mise en scène délicate d’Anouche SETBON et un texte d’Emmanuel ROBERT-ESPALIEU, Thierry BECCARO peint sa mémoire comme un tableau vivant. Entre pudeur, humour et émotion, il raconte son combat face à l’inacceptable et célèbre la force de l’amour qui sauve.
Un témoignage poignant qui dépasse la confession pour devenir un hymne à la résilience et à la joie, malgré tout.
Plus que jamais, faisons le choix du vivant. Poussons les portes de nos salles, soutenons les artistes, laissons-nous traverser par ces histoires qui éclairent le monde. Le théâtre nous attend : sortons, vibrons, partageons.
