Huit héritiers, une fortune et un jeune homme bien décidé à accélérer quelque peu l’ordre naturel des successions : « Le Guide du parfait gentleman assassin » transforme le meurtre en art de vivre. Au Théâtre du Palais-Royal, cette comédie musicale venue de Broadway mêle humour noir, satire sociale et folie britannique dans un spectacle réjouissant. Une mécanique parfaitement huilée où l’on prend un plaisir coupable à voir les cadavres s’accumuler.
Quelques héritiers de trop…
Londres, 1906. Monty Navarro (Gaëtan BORG), jeune homme charmant mais sans le sou, découvre qu’il appartient à la famille D’Ysquith et pourrait prétendre à une immense fortune ainsi qu’au titre de comte.
Le problème ? Huit héritiers le précèdent dans l’ordre de succession. Monty décide donc, avec méthode et un flegme admirable, de les éliminer un à un. Une entreprise criminelle déjà bien chronophage à laquelle viennent s’ajouter ses démêlés amoureux avec Sibella (Camille NICOLAS) et Phoebe (Emma BRAZEILLES). Commence alors un délicieux jeu de massacre où chaque nouvelle victime est attendue avec une impatience presque indécente.
Une délicieuse immoralité
Adaptée en français par Stéphane LAPORTE de la comédie musicale « A Gentleman’s Guide to Love & Murder » couronnée de quatre Tony Awards à Broadway, l’œuvre puise elle-même ses origines dans le roman de Roy HORNIMAN.
Tout l’intérêt réside dans le contraste entre l’horreur des actes commis et l’exquise politesse avec laquelle ils sont envisagés. Derrière la farce criminelle se dessine également la satire d’une société corsetée par les conventions, où la naissance, l’argent et le rang déterminent la place de chacun.
L’humour anglais trouve alors son terrain de jeu idéal : absurde, noir, pince-sans-rire et délicieusement irrévérencieux.
Une troupe qui ne ménage pas son énergie
Gaétan BORG compose un Monty Navarro particulièrement attachant malgré ses intentions pour le moins discutables. Charmeur, malicieux et parfaitement à l’aise dans cette connivence avec le public, il nous transforme rapidement en complices de ses méfaits.
Mais le tour de force revient incontestablement à Benoit CAUDEN, chargé d’incarner l’ensemble des héritiers D’Ysquith. D’un personnage à l’autre, il change de voix, de posture, d’âge, de sexe et de costume à un rythme effréné. Chacune de ses apparitions devient un petit événement et chacune de ses disparitions donne paradoxalement envie de le voir revenir au plus vite !
Autour d’eux, les neuf autres comédiens-chanteurs forment un ensemble homogène et généreux, vocalement comme théâtralement.
Une mécanique scénique jubilatoire
Virginie LEMOINE orchestre cette folie avec une précision remarquable. Décors, lumières, vidéos, chorégraphies et changements de scènes s’imbriquent pour faire voyager le spectateur dans l’Angleterre de 1906 sans casser le rythme. L’élégance britannique rencontre ici le burlesque dans un univers savamment travaillé.
La dimension musicale participe pleinement au plaisir. Les chansons prolongent la comédie et les trois musiciens en live donnent à l’ensemble une ampleur bienvenue. La troupe de onze comédiens-chanteurs peut alors déployer toute son énergie dans ce spectacle généreux.
« Le Guide du parfait gentleman assassin » est une réjouissante surprise de cette rentrée théâtrale : drôle, inventive, élégante et portée par une troupe remarquable. On rit des crimes, on encourage presque l’assassin et l’on attend avec gourmandise la prochaine victime.
Un spectacle délicieusement immoral à découvrir au Théâtre du Palais-Royal… car quitte à éliminer sa famille, autant le faire en musique et avec panache.






