Au Théâtre Fontaine, un dîner entre amis prend des allures de veillée paranormale dans « 2:22 A Ghost Story » de Danny ROBINS. Mis en scène par Ladislas CHOLLAT, ce thriller surnaturel fait du temps qui passe une menace palpable. Entre rires nerveux et sursauts, une même question nous obsède : que se passera-t-il à 2h22 ?
Un dîner au bord de l’étrange
Jeanne et Sam viennent d’acheter une maison qu’ils rénovent. Chaque nuit, à 2h22, Jeanne entend des bruits inquiétants et perçoit une présence qu’elle ne parvient pas à expliquer. Sam, astrophysicien convaincu que tout phénomène possède une cause rationnelle, balaie ses craintes.
L’arrivée de Laura, son amie de faculté, et de Ben, le nouveau compagnon de celle-ci, transforme leur désaccord en débat collectif. Pour départager les convictions, tous acceptent de rester éveillés jusqu’à l’heure fatidique. Commence alors une veillée paranormale où l’alcool coule à flots, déliant les langues et fragilisant les équilibres.
Croire l’autre, malgré le doute
Derrière l’histoire de fantômes, Danny ROBINS interroge notre capacité à écouter une expérience qui échappe à nos propres repères. Que devient la parole de Jeanne lorsqu’on la réduit à la fatigue d’une jeune mère ? Jusqu’où la raison peut-elle servir de refuge, voire d’instrument de domination ?
Les échanges révèlent des tensions affectives et sociales qui donnent de l’épaisseur au suspense. L’humour s’y glisse avec efficacité : on rit d’une pique, d’une assurance excessive, avant que l’inquiétude ne reprenne ses droits.
Quatre convives, des certitudes qui se fissurent
Louanne EMERA incarne une mère débordée, surmenée, au bord de la crise de nerfs. Son inquiétude trouve son ancrage dans cet épuisement quotidien, auquel s’ajoute la violence de ne pas être crue.
Face à elle, Guillaume LABBÉ endosse le mauvais rôle : celui du cartésien dont les raisonnements péremptoires finissent par exaspérer. Une irritation qui nourrit précisément le conflit et nous pousse à scruter les failles de son assurance.
Constance DOLLÉ apporte à Laura une ironie traversée de fragilité, tandis que Valentin DE CARBONNIÈRES donne à Ben une franchise savoureuse. Leurs différences font circuler la tension autant que les répliques.
Une autre réalité sous la surface
La scénographie offre au trouble un écrin particulièrement suggestif. Le verre, les reflets et les traces du passé ouvrent d’autres perspectives dans cette maison rénovée, comme si un autre monde subsistait sous sa surface.
L’œil cherche, soupçonne, revient sur un détail. Dans la nuit, les cris glaçants de renards en rut ponctuent l’environnement sonore : une manifestation bien réelle dont l’étrangeté suffit à ébranler nos perceptions.
Ladislas CHOLLAT orchestre cette montée de l’angoisse autour d’une horloge impossible à ignorer. Les heures défilent, obsédantes, hypnotisantes. L’attente devient une expérience partagée avec la salle, suspendue au prochain bruit, au prochain silence.
« 2:22 A Ghost Story » réussit à rendre suspect un intérieur familier et inquiétant le simple passage des minutes. Sa force tient à cette alliance entre tensions humaines, illusions visuelles et attente collective.
A voir au théâtre Fontaine - 10, rue Pierre Fontaine (75009 Paris) - Photos, bande annonce et réservations ICI





