Découvrez dans notre sélection des spectacles où le rire côtoie l’émotion, et où les artistes interrogent avec finesse nos liens, nos failles et notre époque
« On purge bébé » : Feydeau en ébullition musicale au Théâtre Hébertot
Au Théâtre Hébertot, « On purge bébé » retrouve toute sa vigueur sous l’impulsion d’Émeline BAYART, qui signe une version aussi fidèle à l’esprit de FEYDEAU que résolument jubilatoire.
Créé en 1910, ce vaudeville en un acte n’a rien perdu de son mordant : un huis clos conjugal où se mêlent ambitions professionnelles, adultère à peine voilé et guerre domestique autour d’un enfant tyrannique… et constipé.
À partir d’une situation trivialement explosive, FEYDEAU déploie une mécanique du rire d’une précision redoutable, fondée sur le décalage des désirs, la mauvaise foi généralisée et l’imminence permanente de la catastrophe.
La mise en scène d’Émeline BAYART accentue la frénésie des corps et des nerfs, poussant les personnages au bord de la rupture.
Grande singularité de cette adaptation : la réintégration de couplets chantés, usage historique du vaudeville aujourd’hui disparu. Ces chansons, issues du répertoire de la Belle Époque, deviennent l’espace où les personnages laissent affleurer leur inconscient, révélant pulsions, frustrations et cruautés ordinaires avec une poésie grinçante.
Entre porcelaine qui vole en éclats et couples qui se désagrègent, le spectacle assume pleinement la dimension de « tragédie à l’envers » chère à FEYDEAU.
Une comédie féroce, musicale et d’une vitalité contagieuse, portée par une interprétation au diapason d’un texte qui exige fièvre, excès et abandon.
« Dessiner encore » : la mémoire en traits sensibles au Théâtre Lepic
Avec « Dessiner encore », le Théâtre Lepic accueille une adaptation bouleversante de l’œuvre graphique de COCO, dessinatrice de presse et survivante des attentats de Charlie Hebdo.
Mise en scène avec délicatesse par Georges VAURAZ, cette création théâtrale revient sur le 7 janvier 2015 et sur l’onde de choc intime qui a suivi, non pas dans une reconstitution factuelle, mais à travers un voyage intérieur fait de questions obsédantes, de silences et de résilience. « Et si… » devient le moteur dramaturgique d’un récit pudique et profondément humain, où la mémoire se reconstruit par le dessin, la parole et l’imaginaire.
Trois comédiennes incarnent Corinne, alias COCO, en alternance, donnant une épaisseur chorale à ce personnage à la fois lumineux et fragile. Ensemble, elles traversent ses blessures, ses doutes et ses élans de vie, faisant surgir un univers onirique où l’humour affleure toujours, jamais comme une fuite, mais comme un acte de survie.
Fidèle à l’esprit de la bande dessinée publiée aux Éditions Les Arènes, le spectacle rappelle avec force qu’un dessin ne tue pas, mais qu’il peut réparer, questionner et résister.
« Dessiner encore » s’impose ainsi comme un hommage au dessin de presse, à la liberté de créer et à cette énergie indomptable qui transforme le traumatisme en acte artistique.
« Deuxième partie » : le temps des retrouvailles au Théâtre Édouard VII
Avec « Deuxième partie », Samuel BENCHETRIT signe une comédie tendre et mélancolique sur le temps qui passe, l’usure des sentiments et la possibilité, toujours fragile, d’un nouveau départ.
Dans l’écrin du Théâtre Édouard VII, Patrick BRUEL fait un retour très attendu sur la scène parisienne, quinze ans après le triomphe du « Prénom ». Il incarne Pierre Kraft, un personnage singulier, à la fois décalé et profondément humain, qui surgit dans la vie bien réglée d’un couple bourgeois interprété avec finesse par Stéphane FREISS et Marine DELTERME.
L’intrigue, construite comme un jeu de dévoilements successifs, oscille entre vaudeville et émotion plus sourde. Pierre, récemment veuf, revient sur les lieux de son passé et bouscule une routine installée depuis trente ans. Perché, parfois déroutant, il impose pourtant sa logique, portée par une candeur désarmante qui finit par tout faire accepter. On rit, on s’émeut, souvent dans le même mouvement, tant l’écriture de BENCHETRIT sait mêler l’absurde à une profonde tendresse.
« Deuxième partie » s'annonce comme une comédie délicate et sensible, qui parle de nous avec douceur et intelligence, mise en scène par Ladislas CHOLLAT.
« Borderline » : duel psychanalytique sous haute tension comique au Théâtre de Passy
Avec « Borderline », Flavia COSTE explore une nouvelle fois, après l’argent et l’amour, les méandres de l’esprit humain, en signant une comédie contemporaine aussi drôle que troublante.
Le point de départ est simple et redoutablement efficace : un patient annonce à son psychiatre qu’il est guéri et souhaite mettre fin à sa thérapie. Dès lors, le face-à-face se transforme en un jeu du chat et de la souris où les certitudes vacillent, les rôles s’inversent et la normalité devient une notion éminemment relative.
Mis en scène par Daniel RUSSO, le spectacle repose sur un duo d’acteurs parfaitement accordé. Face au psychiatre désabusé, mais tenace qu’il incarne avec une retenue savoureuse, Philippe LELIÈVRE déploie toute sa fantaisie dans le rôle d’un patient borderline, imprévisible et délicieusement inquiétant.
Le rythme, volontairement posé au départ, s’emballe progressivement jusqu’à atteindre une mécanique comique précise, nourrie par des dialogues ciselés et une tension psychologique constante.
Sous ses dehors de boulevard moderne, « Borderline » interroge avec finesse notre rapport à la folie, à la norme et au besoin de contrôle.
« Borderline » est une comédie intelligente et humaine, portée par un texte solide et deux interprètes brillants, qui amuse autant qu’elle trouble, et laisse planer une question délicieuse : qui, au fond, est le plus fou des deux ?
« Ça, c’est l’amour » : quand l’intime affronte l’emprise au Théâtre des Bouffes Parisiens
Avec « Ça, c’est l’amour », Jean ROBERT-CHARRIER signe une comédie dramatique d’une justesse redoutable, qui explore les failles de l’intime sans jamais céder au pathos.
Le soir de Noël, une mère surgit chez sa fille sans prévenir. De cette situation presque anodine naît un face-à-face bouleversant, où l’humour sert de porte d’entrée à une réalité plus sombre : celle de la violence conjugale et de l’emprise, tapies derrière les murs du quotidien.
Écrite sur mesure pour Josiane BALASKO et Marilou BERRY, réunies pour la première fois sur scène dans un duo mère-fille, la pièce trouve une force singulière dans cette filiation réelle, qui donne au texte une résonance troublante et profondément incarnée.
La mise en scène de Julie-Anne ROTH accompagne avec finesse cette bascule progressive de la comédie vers le drame, révélant peu à peu les blessures enfouies et la transmission silencieuse des traumatismes.
Aux côtés des deux interprètes, Riad GAHMI et Lucie BAUMANN complètent une distribution au service d’un récit tendu, mais traversé de tendresse et d’humanité.
« Ça, c’est l’amour » parle d’emprise, de courage et de sursaut, avec une écriture précise et une émotion retenue. Une pièce nécessaire, portée par de grandes interprètes, qui touche juste et durablement.
Ces créations, portées par des interprètes majeurs et des écritures exigeantes, confirment la vitalité de la scène parisienne dans notre réseau de théâtres. Il ne reste plus qu’à réserver, s’installer en salle… et laisser la magie de la scène faire son œuvre.

